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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : L'Humanité - Jean-Jacques Régibier - 18/12/2020

Dans « Le Livre noir des refoulements », l’ONG internationale Border Violence Monitoring Network a recensé les témoignages de plus de 12000 réfugiés confrontés à des violences lors de leur refoulement aux frontières de l’Union européenne au cours des quatre dernières années. Dans de nombreux cas, l’agence Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, est mise en cause. Entretien avec Hope Barker, coautrice de ce rapport.

1500 pages de témoignages et d’analyses dans le Livre noir, ce chiffre révèle à lui seul l’ampleur des violences subies par les réfugiés aux frontières de l’Union européenne. Comment avez-vous rassemblé tous ces témoignages ?

Hope Barker Le réseau de surveillance de la violence aux frontières (BVMN) est un réseau de 14 ONG locales et de collectifs de bénévoles qui travaillent sur le terrain dans les différents États qui composent la soi-disant « Route des Balkans ». Le processus méthodologique de collecte de témoignages est basé sur le contact social étroit que ces organisations membres entretiennent avec les réfugiés en mouvement (« People on the move » dans notre vocabulaire, POM) en vue d’une aide humanitaire directe. Lorsque des personnes se présentent avec des blessures ou des histoires d'abus, une équipe formée de journalistes s'assoit avec elles et recueille leur témoignage. BVMN dispose d'un cadre d'enregistrement normalisé. La structure des entretiens associe des données concrètes (horaires, dates, géolocalisation, descriptions des officiers et des véhicules, rapports médicaux et autres preuves permettant de corroborer les témoignages) avec des comptes rendus recueillis oralement de témoignages de refoulement. Notre présence sur le terrain nous permet d'établir des liens de confiance mutuelle qui facilitent ce style d'entretien.

Quels sont les actes de violence les plus couramment dénoncés ?

Hope Barker Nous en établissons une liste complète dans le Livre noir des refoulements. Les plus courants sont les vols commis à l’encontre des réfugiés ou la destruction de leurs biens, qui représentent plus des trois quarts des actes signalés, et ensuite les violences physiques - coups de pieds, de bâtons, coups de poings et autres - dans plus de 60% des cas. Mais il y a aussi les immersions forcées, l’obligation qui est faite aux réfugiés de se mettre nus, les attaques de chiens, les gaz lacrymogènes, les insultes. Seuls 13% des réfugiés disent n’avoir jamais été soumis à ces formes de violence.

 
Qui sont les auteurs de ces actes de violence ?

Hope Barker Les descriptions des personnes impliquées dans les incidents de refoulement fait état de toute une gamme d'acteurs: les agents des frontières internationales, les forces de police de l'État concerné. Les preuves vidéo recueillies par certaines organisations membres suggèrent l'implication des garde-côtes helléniques et libyens, mais aussi des groupes de « justiciers » locaux qui signalent les réfugiés à la police et parfois les retiennent en attendant que la police arrive. L'acteur clé que nous avons identifié dans de nombreux rapports, ce sont des groupes d'hommes masqués, portant des cagoules et des uniformes noirs.

 
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Quel rôle joue Frontex, l’agence de surveillance des frontières de l’UE, dans cette situation ?

Hope Barker La récente révélation de Bellingcat (site international de journalisme d’investigation - NDLR), du Spiegel et de Lighthouse Reports, a montré que les personnels de Frontex étaient activement impliqués dans un incident de refoulement à la frontière maritime gréco-turque en mer Égée, qu’ils étaient présents également dans un autre incident du même type, et qu’ils se trouvaient à proximité de quatre autres depuis mars dernier. En plus de cela, des témoignages recueillis à la frontière terrestre albanaise ainsi que près du fleuve Evros à la frontière gréco-turque, ont décrit la présence d'officiers germanophones, de voitures avec des plaques d'immatriculation allemandes, et d'uniformes avec un brassard bleu clair décoré du drapeau de l'UE. Des témoignages en provenance d'Albanie ont parfois fait référence à l'utilisation de drones et de caméras thermiques pour détecter des groupes de réfugiés. Dans ces deux régions frontalières, nous savons, et cela a été publiquement déclaré, que les déploiements de Frontex sont présents, et nous savons également que les refoulements sont fréquents. À tout le moins, nous nous attendrions à une intervention de surveillance au nom de l'agence de l'UE pour enquêter sur les allégations de violence dans les zones où l’UE a des représentants. En fait, le BVMN a déposé une plainte auprès de Frontex concernant le déploiement d'une équipe RABIT (une force composée de garde-frontières d’autres États européens qui viennent en renfort des forces nationales - NDLR ) en mars dernier, lorsque Erdogan a «ouvert les portes de l'Europe» et que de graves violations des droits humains se sont produites à la frontière d'Evros pour tenter d'empêcher des groupes de pénétrer en Grèce. 

Quels vont être les effets sur les situations que vous décrivez du nouveau "pacte pour les migrations" que vient de lancer la Commission européenne? 

Hope Barker Malheureusement, le nouveau pacte sur les migrations n’a guère offert d’espoir aux défenseurs des droits de l’homme sur le terrain. Le pacte repose largement sur la détention de facto dans des « centres de pré-dépistage » en dehors de l'UE. Ceux-ci imposent une limite arbitraire à la liberté de mouvement et, après la procédure de présélection, une personne peut se retrouver en détention légale supplémentaire. Cela représente une violation extrême du droit à la liberté et du principe selon lequel nul ne doit être détenu pour la seule raison qu’il est demandeur l'asile. Le pacte réintroduit également le concept de « pays d'origine sûr », et réduit le délai d’enquête à 12 semaines, ce qui jette un doute sur la possibilité d'évaluer correctement les demandes d’asile, et sur la possibilité de savoir si des recours efficaces seraient accessibles aux personnes dont la demande a été rejetées. La proposition d'un organisme de contrôle indépendant de l’UE pour garantir le respect des droits fondamentaux pose également problème. Cela a été testé en Croatie récemment à l'aide de fonds européens, mais cette tentative s’est embourbée dans des dépenses abusives et des dissimulations, sans tenir compte des réalités sur le terrain. En plus de cela, le mécanisme de surveillance a été développé par le ministère croate de l'Intérieur et la Commission européenne, chargés de surveiller eux-mêmes les auteurs de refoulements et autres violations des droits de l'homme.

 
Que préconisez-vous pour mettre fin à ces violences contre les réfugiés aux frontières de l'Europe? 

Hope Barker Ce que nous demandons, au Border Violence Monitoring Network, c'est qu'un mécanisme de suivi véritablement indépendant soit dirigé par des organismes nationaux de prévention et des ONG indépendantes, et qu’il soit financé directement par la Commission européenne ou par une agence indépendante. Celles-ci doivent comprendre non seulement le contrôle des centres de pré-triage et des procédures d'asile, mais également des visites inopinées dans les zones frontalières et les postes de police. Il faut également mettre en place une meilleure collaboration transfrontalière dans la collecte des témoignages de la population touchée, car les mécanismes actuels sont inefficaces et ne prennent en compte que les cas de ceux qui ont pu rester sur le territoire européen et n'ont donc pas nécessairement été victimes de pratiques illégales. Un tel mécanisme de surveillance bénéficierait d'un système d'alarme qui pourrait être déclenché par des demandeurs d'asile potentiels dans des situations où leurs droits fondamentaux sont violés.

 

 

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