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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Le monde - Juliette Bénézit - 11/12/2020

Reportage : Depuis 2019, le département fait face à l’afflux de familles moldaves et ukrainiennes, qui s’entassent dans des squats.

Foulard bleu noué sur la tête, emmitouflée dans une robe de chambre rose qui tombe jusqu’au bas des jambes, Margarita insiste pour faire visiter l’intérieur de sa maisonnette. D’un geste de la main, elle désigne le lit, les couvertures qui le recouvrent, puis le poêle artisanal qui chauffe la pièce. Cette mère de famille moldave de 36 ans prend son garçon lourdement handicapé dans ses bras et assure : « On a ce qu’il faut ici. On ne veut pas partir. »

 

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Fin novembre, la préfecture de Seine-et-Marne a lancé une opération d’évacuation du squat de Vaux-le-Pénil, dans lequel ont vivoté jusqu’à 800 personnes pendant plus d’un an. Ses occupants sont principalement roumains, bulgares, moldaves et ukrainiens. Dans le nord du département, à Croissy-Beaubourg, un bidonville regroupant près de 400 personnes est également en cours d’évacuation. Mi-octobre, deux campements similaires avaient vu leurs occupants disparaître, à Noisiel et à Dammarie-les-Lys ; au total, ces opérations ont concerné près de 1 500 personnes.

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En Seine-et-Marne, la situation est inédite à plus d’un titre. D’une part, le département fait face à une population relativement nouvelle. « Depuis juin 2019, on voit arriver des Moldaves et des Ukrainiens. Certains sont roms et demandent l’asile en France », observe Alain Bleton, directeur départemental de la cohésion sociale. D’autre part, le nombre de familles qui s’y installent est conséquent. « Généralement, sur les bidonvilles, on compte quelques centaines de personnes et c’est déjà beaucoup », note Lila Cherief, juriste et chargée d’études pour le collectif Romeurope. Le camp de Dammarie-les-Lys avait réuni jusqu’à 1 000 personnes, dans des conditions sanitaires dramatiques.

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Volonté de rester groupées

« On ne peut pas traiter ces situations avec les solutions habituelles », poursuit Alain Bleton. A Vaux-le-Pénil comme sur les autres bidonvilles du département, la préfecture a lancé une opération de recensement préalable à l’évacuation. Depuis trois semaines, l’association Equalis est présente sur place pour répertorier la situation administrative de chacun et proposer des logements, soit dans les dispositifs d’hébergement d’urgence de droit commun, soit via le dispositif national d’accueil consacré aux demandeurs d’asile.

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La démarche a provoqué l’inquiétude et l’hostilité des familles. Sur place, dans cet immense hangar de 13 000 m2 planté entre le Lidl et l’Intermarché de la ville, elles ont recréé un semblant d’intimité et organisé leur quotidien. Devant les petits baraquements qui font office de maison, le linge est accroché aux étendoirs. Sur le sol en béton, des canapés sont posés ici et là, bordant les allées où les habitants se sont regroupés selon leur nationalité. A l’heure du déjeuner, les odeurs de cuisine se mêlent à celle – permanente – des fumées rejetées par les dizaines de feux de camp allumés pour affronter le froid. Les enfants s’occupent, un ballon au pied ou sur une trottinette, faute d’aller à l’école.

 

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Face à la séparation que pourrait entraîner une orientation vers les structures d’hébergement, les familles formulent d’une même voix leur volonté de rester groupées. « Dans les hôtels, on nous loge deux par ci, trois par là, à 50 voire 100 km les uns des autres. On risque de perdre le lien », déplore Vasili, venu d’Ukraine. Pour ce public quasi exclusivement russophone, l’autre enjeu est aussi celui du travail. A Vaux-le-Pénil, le business de récupération de ferraille représente une grande partie des rentrées d’argent.

Seule une petite centaine de personnes a accepté de se faire recenser auprès d’Equalis, restée trois semaines sur place. Mercredi, l’association dénombrait 67 personnes orientées dans des hôtels du département. Comme à Dammarie-les-Lys et à Noisiel, bon nombre d’entre elles ont préféré plier bagage et quitter les lieux. A Vaux-le-Pénil, les travailleurs sociaux ont déjà observé une centaine de départs.

Aides au retour volontaire

« Les gens partent et des bidonvilles se recréent ailleurs, rapporte Henri de Meyrignac, le maire divers gauche de la ville. Quand le camp de Dammarie-les-Lys a été évacué, on a vu 200 personnes arriver à Vaux-le-Pénil. » Parallèlement, l’évacuation du camp de Noisiel est venue grossir celui de Croissy-Beaubourg.

« Pour envisager une sortie durable du bidonville, tout l’enjeu est d’accéder le plus rapidement possible au droit commun, obtenir une domiciliation et pouvoir travailler », analyse Olivier Peyroux, sociologue et membre de l’association Trajectoires.

 

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David a 19 ans. Lui est venu d’Odessa, en Ukraine, avec son frère et sa belle-sœur, pour fuir une situation économique difficile : « Depuis la guerre avec la Russie, il y a beaucoup de chômage. » Doudoune sur le dos, Igor, un Moldave de 51 ans, a pour sa part demandé l’asile en France avec sa femme et ses enfants. « Là-bas, en tant que Roms, on est discriminé. » Et de faire part de ses difficultés en France. « En tant que Moldave, on ne peut pas travailler. Moi, j’accepterais n’importe quel travail », insiste le père de famille.

Contrairement à la Roumanie et à la Bulgarie, la Moldavie et l’Ukraine ne font pas partie de l’Union européenne. Pour s’établir en France et travailler, leurs ressortissants doivent posséder un titre de séjour, qu’ils peuvent se voir octroyer s’ils sont reconnus réfugiés. Une hypothèse rarissime : en 2019, seul un Moldave a obtenu le statut, pour 1 318 demandes. Cette même année, 162 Ukrainiens ont bénéficié de la protection de la France, pour 1 133 demandes.

 

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Une des sorties principales du hangar désaffecté (ancienne usine Schindler qui fabriquait des ascenseurs),

le 5 décembre. CAMILLE MILLERAND / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

« C’est une filière qu’il faut casser, la plupart ne relèvent pas de l’asile. On a affaire à des organisations internes dominées par les mafieux », rapporte Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). La Moldavie étant considérée comme un pays d’origine sûr, les autorités tentent de développer les aides au retour volontaire pour les déboutés du droit d’asile. En 2018, 844 Moldaves ont quitté la France par ce biais. Ils étaient 133 en 2019 et 136 au 30 novembre.

La plupart d’entre eux, néanmoins, restent en France et squattent le tissu industriel en déshérence de la Seine-et-Marne, quittant un bidonville pour un autre, quelques kilomètres plus loin. Depuis le début des opérations à Vaux-le-Pénil et Croissy-Beaubourg, un nouveau camp est d’ailleurs apparu à Emerainville. Plusieurs dizaines de personnes seraient déjà sur place.

 

 

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