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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - Nicanor - 5/12/2020

La multinationale zurichoise controversée ORS est spécialisée dans les prestations mêlant «encadrement» et «intégration» pour personnes en demande d’asile ou reconnues réfugiées, ainsi que dans la logistique des camps.

Son site vante la présence de l’entreprise dans plus de 100 structures, via plus de 1300 employés encadrant 14’000 personnes. Outre les activités d’ORS en Suisse, la multinationale est déployée en Autriche, Espagne, Allemagne et Italie. ORS aurait également des projets en cours en Slovaquie, l’un des points focaux des politiques anti-migratoires de l’UE. Cette société est présente dans six cantons (Argovie, Berne, Bâle-Ville, Fribourg, Soleure et Zurich). Elle gère ainsi notamment trois des cinq centres d’enregistrement de la Confédération: Vallorbe, Chiasso et Bâle. En Suisse romande, elle s’occupe du Centre d’hébergement fédéral de Perreux-Neuchâtel. (Emanant du Département des affaires sociales de la ville de Zurich «Asyl Organisation Zürich» – AOZ, la deuxième société gérant des centres fédéraux pour requérants d’asile, serait moins critiquée qu’ORS, ndlr).

Soucieuse de son financement via les politiques publiques européennes, la multinationale maintient par ailleurs un bureau à Bruxelles pour entretenir des échanges étroits avec les institutions de l’UE. Le tout en prônant une neutralité religieuse, politique et surtout vis-à-vis de la procédure juridique d’asile. On le voit, l’ensemble de ces éléments laissent penser qu’ORS se positionne comme une actrice privée de premier plan dans la gestion de l’encampement en Europe dans le contexte de la crise du «non-accueil des personnes réfugiées».
Comme le montre la situation catastrophique dans plusieurs camps européens, la gestion des centres peut s’avérer être un enjeu de sûreté, voire de survie pour les personnes migrantes. Et ORS risque de rafler les contrats traditionnellement attribués aux associations humanitaires et sociales dans l’encadrement des exilé.e.s.

Dénoncée par Amnesty

Plusieurs fois pointée du doigt pour de mauvaises conditions de vie dans les camps, entre autres par Amnesty International ou le collectif Droit de Rester, la société intervient néanmoins auprès de nombreuses communes et de quelques cantons en Suisse. Les chiffres et la flexibilité de la multinationale parlent, semble-t-il plus fort que les droits humains, également du côté italien. Une enquête de Valori, journal transalpin spécialisé dans l’économie solidaire, montre qu’un fonds d’investissement londonien contrôle la multinationale zurichoise et spécule sur le financement public des centres dans la péninsule. Les comptes aberrants de la filiale italienne d’ORS et son petit nombre d’employé.e.s ne l’ont pas empêchée de se voir attribuer près de trois millions de francs d’appels d’offres publics en Sardaigne et au Frioul Vénétie-Julienne. Comme en Suisse, plusieurs organisations dont l’Association pour les études juridiques sur l’immigration (ASGI) et le Consortium Italien de Solidarité (ICS) ont dénoncé les conditions déplorables des «services» rendus par ORS aux tarifs toujours plus compétitifs.

Des camps invivables

Derrière une neutralité affichée dans sa communication, ORS participe néanmoins à l’isolement des exilé.e.s de la société civile, des journalistes et des défenseur.e.s des droits humains. Une activité non sans impact politique, puisque les conditions du non-accueil sont ainsi dissimulées. Pire, il s’agit de capter des fonds d’un secteur de l’économie publique que les instances étatiques choisissent de négliger, en confiant à ORS la création de camps invivables. Au-delà des conditions de vie atroces constatées dans les centres gérés par la multinationale zurichoise, son positionnement sur le marché de l’encampement en Europe pose une question politique majeure: celle de la marchandisation de la répression anti-migratoire.

Marchandisation croissante

Du business des milices libyennes «gérant» les camps au sud de la Méditerranée, à celui des passeurs qui prospèrent des routes maritimes mortifères en passant par celui de Frontex dont la contribution suisse passera à 83 millions de francs en 2027, il ne restera plus beaucoup de personnes pour affirmer avec honnêteté que l’immigration ne représente qu’un coût. Cela sans oublier que les logiques de répression ne disparaissent pas lorsque les camps sont gérés par des acteurs publics ou associatifs. (depuis mars 2019, les procédures d’asile en Suisse sont mises en oeuvre de manière accélérée au sein de six centres principaux, ndlr).


La fermeture définitive des camps et l’accueil au sein même des sociétés concernées – et pas en structures isolées -ne seraient-elles pas les seules mesures capables de mettre fin à la spéculation financière sur le non-accueil, parallèlement à la défense de l’ouverture de voies sûres et légales pour quitter les zones d’instabilité et de conflits?

 

 

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