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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Medias24 - M.M.- 26/10/2020

Produite par le normalien Hakim Karoui de l’Institut Montaigne, l’étude déconstruit un ensemble de clichés sur les migrants, leur statut d’assistés de la République, et démontre que les départements où ils vivent sont les plus dynamiques en termes de création d'emplois et de richesse. 

« Les quartiers pauvres ont de l’avenir ». C’est le titre du dernier rapport produit par l’Institut Montaigne et rédigé par le consultant Hakim Karoui, un normalien, agrégé de géographie, qui a travaillé dans le cabinet du Premier ministre français en 2002, à la banque Rothschild en 2006, au cabinet de conseil Roland Berger à partir de 2011, avant de fonder son propre cabinet de conseil en stratégie en 2016.

Son rapport, qui n’est pas le premier -il a déjà publié chez le même Institut Montaigne « Un Islam français est possible » en 2016 et « La Fabrique de l’islamisme » en 2018- balaie tous les clichés que l’on peut avoir sur ces quartiers ainsi que sur la migration.

Dans le débat public en France sur les sujets de la migration et les cités, on part souvent d’un postulat de base : ces populations vivent au crochet de la société française, profitent du système social de la République et ne produisent rien en retour, à part la violence, le radicalisme le communautarisme, les trafics de tout genre…

Le rapport de Hakim Karoui bat en brèche toutes ces idées reçues en démontrant totalement l’inverse de ce qui est présenté sur les plateaux télé comme des vérités.

Dans son travail, Hakim Karoui s’est basé sur une compilation et une analyse des données de l'Insee sur différents paramètres (niveaux de vie, de pauvreté, taux d'imposition, flux de la protection sociale…), puis il a comparé leur situation à celle de toute la France. Les résultats sont pour le moins surprenants.

Ce document de 252 pages, fruit d’un travail d’un an, est d’ailleurs organisé dans sa première partie en un ensemble d’idées reçues, huit au total, que le chercheur tente, chiffres à l’appui, de déconstruire. Il prend notamment un exemple très parlant que personne ne peut contester, celui de la Seine-Saint-Denis, banlieue parisienne qui concentre tous les clichés sur la migration.

La Seine-Saint-Denis est le département qui a créé le plus d’emplois en 10 ans !

Le constat casse cette idée selon laquelle cette banlieue où vivent de nombreux Maghrébins et Subsahariens serait un terreau du chômage. Et ne participerait aucunement au dynamisme économique de la France.

Hakim Karoui prouve le contraire. En 2007, le montant des masses salariales dans cette banlieue était d’environ 13,5 milliards d’euros. Il passe à près de 16,7 milliards d’euros en 2018, soit 3,2 milliards d’euros de plus en onze ans, une augmentation de près de 25%. En France, cette même masse n’a évolué sur la même période que de 2,1%...

Mieux, le rapport montre qu’entre 2007 et 2018, 29% de l’augmentation de la masse salariale en France s’est faite en Seine-Saint-Denis, ce qui en fait le département qui a créé le plus d’emplois en 10 ans.

Les migrants ne vivent pas au crochet de la société…

Autre cliché qui saute : celui du statut d’assistés des habitants de cette banlieue. L’idée largement répandue dans la société française, c’est que les habitants des quartiers pauvres vivraient confortablement des transferts sociaux et autres avantages que procure le système social français (revenus minimums, allocations au logement, ou aux enfants…).

Là aussi, tout est faux. La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France métropolitaine est selon l’étude, le 8ème contributeur au financement de la protection sociale. Mais c’est également celui qui reçoit le moins de protection sociale par habitant en termes de flux.

« La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France avec un taux de pauvreté équivalent au double de la moyenne nationale (29%, contre 14,9%) est le huitième département le plus contributeur au financement de la protection sociale, avec près de 9.300 euros par habitant. En montants absolus, les flux qui sortent de Seine-Saint-Denis pour financer la protection sociale sont estimés à 14,4 Mds €, un montant sensiblement supérieur aux 12,8 Mds € du Val-de-Marne et proche des 15,1 Mds € des Yvelines (départements plutôt riches, ndlr). Ces résultats alimentent le paradoxe observé en Seine-Saint-Denis, un département pauvre, mais créateur de richesse et parmi les dix contributeurs les plus importants au financement de la protection sociale, en montant absolu comme par habitant », précise Hakim Karoui dans son rapport.

En retour, le département reçoit peu par rapport à d’autres départements français plus riches, puisque le montant des prestations par habitant est le plus faible, avec près de 8.400 euros par habitant.

Le rapport montre également que les quartiers pauvres ne sont pas mieux traités par l’État que la « France périphérique », comme le veut l’idée reçue. Si les dépenses étatiques sont concentrées sur l’habitat, la rénovation des immeubles, ces quartiers pauvres sont victimes d’une sous-représentation des effectifs dans les différents services publics. Dans la santé par exemple, la Seine-Saint-Denis compte 1.100 effectifs de la fonction publique hospitalière pour 100.000 habitants, contre 1.800 en France métropolitaine. Le département possède deux fois moins de policiers que l’Indre, département français de la région Centre-Val de Loire, alors que les vols à main armée y sont vingt fois plus nombreux. Même constat dans l’éducation, la justice et autres services publics…

Et ne vivent pas de l’argent de la drogue

Dans l'imaginaire de nombreux Français, ces quartiers ne tiendraient qu’au trafic de drogue qui y sévit. Une activité qui serait le premier générateur de revenus pour la population des cités. Là aussi, Hakim Karoui démontre la faiblesse de ce postulat, chiffres à l’appui.

« L'activité économique générée par le trafic de drogue est de seulement 2,7 milliards d’euros. Cette activité de trafic de drogue représenterait uniquement 21.000 emplois en équivalent temps plein. Le chiffre d’affaires généré par le trafic de drogues est estimé à 2,7 milliards d’euros en France, dont 1,2 milliard pour le seul cannabis », écrit-il.

Ces 2,7 milliards représentent selon lui un montant « peu important », comparé au chiffre d’affaires de la grande distribution (110 milliards d’euros), ou encore de l’industrie agro-alimentaire (180 milliards d’euros).

« En clair, la drogue ne fait pas vivre les quartiers pauvres. Le nombre de personnes impliquées dans le marché du cannabis en France est estimé à environ 200.000 individus, équivalent au nombre d’employés de la SNCF. Si l’on faisait l’hypothèse que l’ensemble de ces individus vivent dans les quartiers pauvres (ce qui est faux), ils ne représenteraient que 3% de la population totale de ces quartiers », explique l’auteur de l’étude.

Le chercheur va encore plus loin pour démontrer le ridicule de ce cliché :

« Si l’on regarde le détail de la structuration de cette activité économique, on constate que sur ces 200.000 individus, la plupart ne travaillent qu’à temps partiel, voire de façon épisodique. Le nombre d’emplois en équivalent temps plein dans ce secteur est estimé à seulement 20.000. Outre ce faible impact direct sur l’emploi, la répartition du chiffre d’affaires sur le marché du cannabis est très inégale selon les individus impliqués. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) avait ainsi commandé en 2007 à Christian Ben Lakhdar une modélisation estimant le nombre d’individus et leurs gains dans le trafic du cannabis, selon leur position dans la chaine de distribution. Ainsi, si les quelques têtes de réseaux (on en compte une dizaine en France) et le millier de grossistes, en début de chaîne, peuvent profiter d’un chiffre d’affaires annuel qui dépasse les 400.000 euros, l’autre maillon de la chaîne est occupé par les quelques 130.000 individus qui s’occupent de la vente au détail et qui ne voient pas leur chiffre d’affaires annuel dépasser les 7.000 euros, soit un peu plus de 500 euros par mois ». 

Rien qui permette de vivre, déduit Hakim Karoui.

Un rapport salué mais très critiqué aussi

Saluée mais aussi critiquée, l’étude de Hakim Karoui tombe à un moment où les cités sont pointées du doigt, accusées de « séparatisme », de « communautarisme », et d'être des foyers du terrorisme et du radicalisme religieux ».

Pour démonter son étude, certains de ses critiques tentent ainsi de décrédibiliser les statistiques présentées par l’étude, qui seraient biaisées par les chiffres de la retraite. Le 98, département de la Seine-Saint-Denis ne comptant pas beaucoup de retraités, ce qui fausse les chiffres présentés sur la protection sociale et les conclusions faites par l’auteur de l’étude.

« Les chiffres de Hakim Karoui sont à nuancer, car il y a moins de retraités dans le 98 qu’ailleurs. Et les retraités issus de l’immigration rentrent généralement chez eux. Si on les intègre dans la statistique, cela changera les conclusions de l’étude », lance un polémiste dans une émission télé.

Autre critique assez répandue qui vise à apporter une certaine nuance aux conclusions de l’étude : la forte présence des sièges d’entreprises dans le département en raison des prix abordables du foncier.

« Étude complètement biaisée par les retraites... et les sièges d’entreprises. Mais allons au bout de votre idée : pourquoi pleurnicher sur ce département si tout va bien ? », lance un journaliste sur twitter.

Nous avons tenté de joindre Hakim Karoui pour avoir une réaction à ces deux points (le biais de la retraite et des sièges d’entreprises) et sur leur impact sur le résultat de l’étude, mais il n’a pas pour l’instant répondu à notre sollicitation.

Son rapport en revanche donne des réponses.

Pour expliquer ce paradoxe du département de la Seine-Saint-Denis qui serait un des grands contributeurs au financement de la protection sociale tout en étant le dernier à en bénéficier, Hakim Karoui intègre dans son analyse l’effet des retraites.

« Ce résultat est particulièrement contre-intuitif. Un élément d’explication semblerait résider dans la répartition des âges dans le département le plus jeune de France, qui compte près de 1,8 fois plus de jeunes de moins de 20 ans que de personnes de 60 ans et plus. Par ailleurs la part des retraités dans sa population est de 13,2%, soit près de six points en dessous de la moyenne nationale (19%). On constate que parmi les dix départements où l’on observe les montants les plus élevés de dépenses de protection sociale par habitant, huit ont une part de retraités dans la population supérieure à la moyenne nationale », écrit-il, avouant par là même ce biais démographique.

Quant à la question de savoir pourquoi « on pleurniche » si tout va bien dans ce territoire, Hakim Karoui aborde ce point dès l’introduction de son travail.

« Pour réaliser ce travail, nous avons adopté une méthode simple : analyser les dynamiques des territoires à partir de faits et de chiffres, essentiellement ceux de l’Insee. Nous avons conscience des limites de l’exercice : les chiffres sont froids quand les débats sur le sujet sont enflammés ; les chiffres sont muets sur des sujets comme les clandestins qui échappent par définition à leur sagacité ; les chiffres disent une réalité démographique et économique mais pas la vie quotidienne des habitants. Nous assumons néanmoins cette approche quantitative, orientée vers le diagnostic de la situation tout simplement parce qu’elle permet de donner une image objectivée de la situation. Et l’objectivité est ce qui manque le plus dans le débat sur les quartiers pauvres et leurs habitants ».

« La France que dessine notre travail est loin des représentations communes du sujet : c’est la bonne nouvelle à laquelle nos analyses permettent de conclure. Tout ne va pas mal dans les quartiers pauvres qui sont, pour certains d’entre eux, des espaces utiles d’insertion – notamment des immigrés – et d’ascension sociale. Avec une situation paradoxale : des quartiers de plus en plus pauvres et des habitants qui eux s’enrichissent relativement… et qui quittent leur quartier, comme en Seine-Saint-Denis ».

« La réalité est cependant loin de l’image que l’on veut bien donner, par exemple, de la Seine-Saint-Denis qui ne serait déjà plus en France, mais ailleurs, communautarisée, islamisée, coupée du reste du territoire national en général et de l’Île-de-France en particulier. C’est tout le contraire que montre notre étude. Même si la distance sociale et culturelle n’a probablement jamais été aussi forte qu’aujourd’hui entre les Parisiens et les habitants de la Seine-Saint-Denis (notamment au Nord du département) », écrit-il.

 

 

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