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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - lilia Blaise - 14/10/2020

Malgré la crise du Covid-19, de nombreux jeunes Tunisiens continuent de fuir le pays vers les côtes italiennes. Les modes de migration se font souvent de façon plus autonome sans passer par les réseaux de passeurs pour la logistique et la traversée. Un nouveau naufrage provoquant de nombreux décès a eu lieu ce week-end.

Tunis (Tunisie).– Un nouveau naufrage de candidats à l’exil dimanche a fait près de 21 morts et sept survivants, au large de Sfax, une ville portuaire de l’est de la Tunisie. Sept personnes, en majorité des Subsahariens, ont pu être secourues. Selon les autorités, une trentaine de personnes avaient pris place dans l’embarcation.

Ce nouveau drame en Méditerranée rappelle que malgré la crise sanitaire en Europe, de nombreux jeunes Tunisiens et migrants subsahariens en situation économique précaire en Tunisie cherchent à migrer. Ces douze derniers mois près de 9 200 Tunisiens ont rejoint les côtes italiennes, selon les autorités italiennes. Leur nombre a été multiplié par quatre au cours du mois d’août 2020 par rapport à la même période en 2019, selon le rapport du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES). On ne dispose pas cependant de chiffres officiels sur le nombre de migrants subsahariens partis de Tunisie pendant cette période.  

Parmi les Tunisiens candidats au départ figure Haikel, 39 ans. Il a le cœur lourd lorsqu’il explique les raisons qui le poussent à partir clandestinement dans les prochains jours malgré ses deux jeunes enfants et sa femme en Tunisie. « Je n’ai plus le choix », dit-il sobrement.

Haikel n’est pas un jeune en mal d’avenir ou sans travail. Ses problèmes sont de nature juridique, car il est poursuivi pour non-paiement de ses dettes. En cause, une mauvaise gestion de sa société de livraison agroalimentaire.

Des migrants tunisiens et libyens à leur arrivée sur les côtes italiennes sur l'île de Lampedusa, le 1er août 2020. © Alberto Pizzoli/AFP
Des migrants tunisiens et libyens à leur arrivée sur les côtes italiennes sur l'île de Lampedusa, le 1er août 2020. © Alberto Pizzoli/AFP
 

Il ne peut plus travailler en Tunisie, mais pas question pour lui de laisser sa famille sans le sou s’il va en prison. Le voilà contraint de vivre comme un clandestin dans son propre pays. « Je n’ai jamais été un criminel, je n’ai pas eu de chance malheureusement et aujourd’hui je n’ai aucune échappatoire sauf celle de partir », déclare-t-il.

L’augmentation de ces flux migratoires vers l’Italie a été à l’origine de tensions avec la Tunisie pendant l’été. Des délégations italiennes ont rencontré à plusieurs reprises le président Kaïs Saïed et l’Union européenne a mobilisé une enveloppe de 10 millions d’euros pour renforcer l’équipement des garde-côtes tunisiens afin de lutter contre la migration clandestine.

L’Italie a également recommencé à expulser les candidats à l’exil qui arrivent sur les côtes italiennes, à raison de 80 migrants par semaine. Mais l’approche sécuritaire semble avoir trouvé ses limites, puisque malgré les nombreuses arrestations (plus de 400 depuis le début de l’année) selon le ministère de l’intérieur tunisien, les traversées se multiplient.

Des mineurs non accompagnés – près de 9 % selon les chiffres du FTDES – partent aussi, ainsi que des familles entières, qui en font même parfois la publicité sur les réseaux sociaux. « Pour nous, la migration des mineurs est liée à l’augmentation du décrochage scolaire (près de 100 000 élèves quittent l’école chaque année), ils seront protégés et ne seront pas menacés par le retour forcé une fois arrivés en Italie, donc beaucoup tentent leur chance », analyse Romdhane Ben Amor, chargé de communication au FTDES.

Derrière cette augmentation, plusieurs facteurs révèlent la désillusion de nombreux Tunisiens face à la période post-révolution en Tunisie et la transition démocratique encore à ses débuts.

Ainsi, le destin migratoire de Haikel remonte au 11 septembre 2001. Alors qu’il fait un voyage à destination de la Turquie dans le but de monter un business avec des amis, il est cloué au sol lors de son escale à Paris. Aucun avion ne décolle à cause des attentats aux États-Unis.

Haikel entre en contact avec de la famille à Paris. « À l’époque, sous Ben Ali, c’était déjà le rêve pour tout Tunisien d’aller en Europe. Même si on pouvait s’en sortir en Tunisie, la vie semblait meilleure là-bas », raconte-t-il.

Il a la vingtaine, il reste en France et effectue des petits boulots de chantiers pendant un an puis se rend en Italie quand il apprend que le pays est prêt à régulariser certains sans-papiers pour faire des contrats de travail. De retour en France, il y travaillera dix ans avec des papiers italiens, principalement sur des chantiers, gagnant bien sa vie.

« En 2008, je me suis marié en Tunisie et après la révolution, j’ai voulu rentrer pour avoir des enfants et être enfin avec ma famille. C’est là que les problèmes ont commencé. » Il ouvre une société de livraison de fruits et légumes pour le marché libyen avec son beau-frère. Au début, le projet fonctionne, mais très vite, le marché noir vient concurrencer ses prix, et Haikel n’arrive plus à rivaliser, s’endettant jusqu’à être poursuivi en justice. Aujourd’hui, cela fait deux ans qu’il cherche à partir.

Fait nouveau, de nombreux Tunisiens comme Haikel s’organisent désormais seuls pour éviter les bateaux surchargés et les risques de noyade à cause d’un passeur peu scrupuleux. Il a organisé sa traversée avec un petit groupe de jeunes de son quartier, a acheté le moteur avec eux et même le bateau, dans les 25 000 dinars (7 700 euros).

« On trouve tout sur internet, c’est devenu un business. Tout comme le fait de trouver des gens qui veulent partir avec toi, il suffit de demander dans n’importe quel café du coin. C’est plus cher mais moins risqué qu’avec un passeur de partir comme ça », déclare-t-il.

Début septembre, Haikel attendait que la météo soit plus clémente. Tout était prêt. La traversée allait être longue, près de 15 heures, puisqu’il comptait accoster dans une des villes de la côte sicilienne pour éviter l’arrestation du côté de Lampedusa ou Pantelleria, déjà très contrôlées depuis les arrivées massives de cet été. Parti au début du mois d’octobre, il a été arrêté en pleine mer par la garde nationale tunisienne, avant d’atteindre les côtes italiennes. C’était ce qu’il redoutait le plus. Plus que la mort en mer.

Wael, 28 ans, jeune de la ville de Korba, dans le Cap-Bon tunisien, cultive aussi le rêve de partir, malgré une expulsion après une traversée réussie il y a deux mois, lorsque l’Italie a commencé à rapatrier des Tunisiens dans des avions.

Cigarette aux lèvres, café noir dans la main, il contemple la plage de Korba, d’où partent chaque jour des vingtaines de Tunisiens. Il a été poursuivi en justice à son arrivée en Tunisie pour « tentative d’immigration illégale », tout en restant en liberté.

« Des fois, certains partent vers 5 heures du matin, quand les gens se baignent déjà. Tu en as qui nous souhaitent bonne chance, d’autres qui appellent la police. Le problème ici n’est pas seulement économique. Depuis l’âge de 15 ans, on a tous envie de partir parce qu’on ne voit pas notre avenir ici. C’est comme si on était bloqué dans notre condition sociale, on n’a pas de possibilité d’évoluer. Soit tu trimes pour 8 euros par jour, soit tu vends de la drogue, soit tu essayes de creuser le sol pour trouver des pièces archéologiques à vendre illégalement, soit tu pars clandestinement, ce sont les seules options qui se présentent à nous », explique ce jeune qui, n’ayant pas eu le baccalauréat, a travaillé des années dans des chantiers avec son père.

Il est parti juste après le ramadan, avec un groupe de huit amis, sans solliciter des passeurs. « Beaucoup d’entre nous connaissent la mer et on a une boussole pour s’orienter », raconte-t-il. Il ajoute que presque tous ses amis d’enfance sont déjà partis pour l’Europe. « C’est pour ça que l’on est sûr de trouver du travail en arrivant, il y a déjà une communauté, installée en France, car beaucoup ne restent pas en Italie. »

En Tunisie, le président Kaïs Saïed a déclaré début août que la migration clandestine était une affaire « tuniso-tunisienne » et qu’il fallait s’intéresser aux raisons qui poussent les jeunes à partir. Élu avec plus de 70 % des voix en octobre dernier, il avait séduit une partie de la jeunesse qui voyait en lui un candidat antisystème, un nouvel espoir.

Mais cet enthousiasme a été assombri depuis par les crises politiques à répétition que vit le pays (un nouveau gouvernement a été formé cet été, le troisième depuis les élections) et la dégradation de la situation économique, avec un taux de chômage passé de 15 % à 18 % ces derniers mois.

 

 

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