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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Le monde - 14/6/2020

Ce journaliste et militant, rescapé de la rafle du Vel d’Hiv, s’est éteint samedi à l’âge de 92 ans.

Rescapé de la Shoah et inlassable vigie des violences policières, Maurice Rajsfus est mort samedi 13 juin à l’âge de 92 ans, a annoncé son fils Marc Plocki. Ce journaliste, historien et militant a consacré sa vie à dénoncer la répression sous toutes ses formes.

Dans son Journal discordant, publié il y a une vingtaine d’années, l’éternel rebelle expliquait avoir le sentiment d’être « en sursis depuis la rafle du Vel’d’Hiv, d’être l’aléatoire titulaire d’un long bail extorqué à ceux qui ont cherché à me détruire, comme ils l’ont fait avec mes parents, avec toute ma famille ».

Dans nos archives, en 2002 : Maurice Rajsfus, l'éternel rebelle
Rescapé de la rafle du Vél d’Hiv

Né le 9 avril 1928 à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), de parents juifs polonais, sa vie bascule avec la défaite de 1940 et les premières lois antisémites du gouvernement de Vichy qui l’obligent à abandonner l’école.

Le matin du 16 juillet 1942, le jeune Maurice, alors âgé de 14 ans, et sa famille sont arrêtés chez eux par deux policiers. L’un d’eux est leur voisin de palier. Ils sont victimes de la rafle du Vél d’Hiv, au cours de laquelle 13 000 Juifs furent arrêtés par les forces de l’ordre françaises au service du régime nazi.

Si Maurice Rajsfus et sa sœur Jenny, 16 ans, en réchappent (un policier avait dit à sa mère que les enfants de nationalité française de 14 à 16 ans pouvaient sortir du camp où ils avaient été rassemblés avant d’être conduits à Drancy), leurs parents seront assassinés à Auschwitz. Des années plus tard, Maurice Rajsfus expliquera :

« J’en veux profondément à la police de ce pays, plus qu’aux Allemands ; sans cette police, les nazis n’auraient pas pu faire autant de dégâts. Depuis 1942, je me sens en retrait vis-à-vis de mes compatriotes : ils ont été plutôt veules, et ça n’a pas beaucoup changé ensuite. »
Le récit de Maurice Rajsfus, en 1982 : Quarante ans après, je n'ai pas pardonné !
Journaliste et « historien de la répression »

A la Libération, il reprend son apprentissage en joaillerie et adhère aux Jeunesses communistes et au PCF avant d’en être exclu au prétexte d’être un « provocateur policier ». Il se rapproche alors des milieux trotskistes puis anarchistes découvrant au passage les surréalistes.

Il travaille dans plusieurs journaux, notamment La Vie des métiers et la Revue de la formation permanente, mais aussi brièvement au Monde comme secrétaire de rédaction en 1971, comme il l’a relaté dans un de ses nombreux livres.

Témoin de la violence des forces de l’ordre le 17 octobre 1961 contre les Algériens manifestant à Paris, le 8 février 1962 au métro Charonne, et pendant Mai 68, il commence à traquer les dérapages de la police. Il devient « historien de la répression », dresse des fiches jusqu’à en rassembler des milliers.

En 1994, il fonde l’Observatoire des libertés publiques en compagnie de quelques auteurs engagés comme l’écrivain Didier Daeninckx. Il fut aussi un des initiateurs du réseau Ras l’Front (contre le Front national), dont il sera président pendant quelques années.

Cité comme témoin de la défense au procès de Maurice Papon, il avait refusé de se soumettre à la convocation et avait, finalement, été dispensé.

Des archives sur fiches bristol

Il avait arrêté ces dernières années de recenser sur ses fiches de bristol les dérapages policiers mais continuait de suivre l’actualité et dénonçait régulièrement les violences policières. Juif, il critiquait également sans réserve la politique du gouvernement israélien et défendait la cause palestinienne.

Auteur d’une soixantaine d’ouvrages, il avait récemment confié à Libération son souhait de vouloir transmettre ses archives d’articles autour des violences policières, méticuleusement constituées de 1968 à 2014.

 

 

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