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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - Nejma Brahim - 29/5/2020

Une vidéo montre des policiers exfiltrer violemment des exilés d’un bus, vendredi 22 mai. Globalement, des militants jugent que les conditions de vie dans les camps se sont aggravées pendant le confinement. « Le seul centre d’hébergement spécial Covid créé n’a pas suffi. »

«Pour les personnes qui le désirent, il y a un autre bus derrière. » Ce sont les propos tenus par un agent de police vendredi 22 mai, dans un bus à Calais, à l’égard de deux personnes noires exilées. Les paroles s’accompagnent de gestes violents : le même policier empoigne l’un des migrants pour le contraindre à se lever, avant que son collègue le tire par le bras et le mette à terre pour le traîner au sol jusqu’à l’extérieur du bus.

« Doucement ! », peut-on entendre dans une vidéo de la scène tournée par un témoin, alors que des passagers tentent de réagir timidement. Le second exilé est ensuite extirpé de force du véhicule par trois agents de police, l’un d’entre eux n’hésitant pas à le tirer par la jambe pendant qu’il tente de s’agripper à la barre de maintien.

A Calais des associations pointent une recrudescence des violences policieres

« Ce genre de procédé consistant à refuser les exilés dans les transports n’est pas nouveau, on avait déjà eu plusieurs témoignages à ce sujet », note Jérémie Rochas, travailleur social et bénévole chez Appel d’air, un collectif de soutien aux personnes exilées de Calais. Mais depuis le début de la crise sanitaire, le phénomène se serait « automatisé », selon lui. Au point que le collectif dénonce un « apartheid ».

En assistant à la scène, Laura*, 18 ans, sort son smartphone et filme. « J’étais choquée, c’était très violent. » Selon elle, les deux exilés « n’avaient rien fait de mal ». « J’étais au même arrêt de bus qu’eux quand ils sont montés. Le chauffeur ne voulait pas les prendre et leur a demandé de descendre. Il n’y avait pas de raison de les refuser, ils avaient un masque. »

Le chauffeur a alors alerté des contrôleurs. À l’arrivée de ces derniers, quelques arrêts plus loin, ils ont voulu vérifier l’identité des migrants. « Ils leur ont aussi demandé leur ticket alors que le bus est gratuit », s’étonne Laura. Puis signifié de descendre du bus pour prendre le suivant, moins plein. Face au refus des usagers, et à la demande des contrôleurs, la police est alors intervenue.

Dans un article publié dans le journal Nord Littoral, le directeur de la compagnie de transports Calais Opale Bus, Daniel Roussel, justifie l’intervention des contrôleurs et des forces de l’ordre par le non-respect de la distanciation sociale chez ces usagers.

Contactée par Mediapart, la préfecture du Pas-de-Calais abonde. « Ils étaient en effet assis côte à côte et refusaient de maintenir entre eux un siège vide. Le contrôleur avait initialement demandé à ces deux personnes de se séparer afin de respecter les mesures de distanciation sociale. Celles-ci ont refusé et ont manifesté de l’agressivité dans leurs réponses. »

Pourtant, plusieurs témoins assurent qu’ils résistaient calmement – ce que démontre la vidéo. « Personne ne leur a dit de laisser un siège entre eux, tranche Laura, pour qui la scène s’apparente à du racisme. On leur a tout de suite ordonné de descendre du bus. Ils n’ont pas été agressifs, ils se sont défendus en refusant d’être traités différemment. Ce sont des êtres humains comme tout le monde. » Et d’ajouter : « Hier encore, j’ai pris ce même bus et deux personnes blanches étaient assises l’une à côté de l’autre. Elles n’ont eu aucun problème. »

Daniel Roussel reconnaît que, dans le contexte de l’état d’urgence sanitaire, les chauffeurs « évitent » de prendre des migrants. « On doit la sécurité à notre personnel et aux usagers. Les migrants n’ont pas pu être confinés, il est donc difficile de confronter ces deux populations [les migrants et les Calaisiens] », a-t-il déclaré au quotidien local.

« Ce n’est donc pas un choix arbitraire fait par les chauffeurs, s’indigne Antoine Nehr, coordinateur de l’antenne locale de l’association Utopia 56, qui se mobilise pour venir en aide aux exilés depuis 2016. C’est impressionnant qu’en 2020, en France, on en soit là et que ce type de consignes vienne d’en haut. »

L’adjoint au maire de Calais chargé de la sécurité, Philippe Mignonet, avait d’ailleurs prévenu à la fin mars : les bus ne marqueraient plus l’arrêt aux stops où des groupes d’exilés patienteraient. Une exception serait faite pour les personnes seules ayant un rendez-vous impératif, pour des soins par exemple, impliquant pour les conducteurs de déduire au faciès qui serait exilé ou non et de procéder à des contrôles de justificatifs.

Pour Jérémie Rochas, il y a eu une recrudescence des violences policières à l’égard des migrants durant la crise sanitaire. « Les exilés ne cherchent pas la confrontation parce qu’ils savent à quoi s’attendre si la police débarque. La peur de donner son identité, et des répercussions, fait que c’est assez rare de voir des personnes qui résistent. »

Fin mars, un exilé noir s’est vu refuser l’entrée d’un centre commercial où il souhaitait acheter des produits de première nécessité. La sécurité a appelé les CRS, accusés de l’avoir ensuite frappé. « Il a porté plainte auprès du procureur pour coups et violences volontaires. J’ai six témoignages de personnes discriminées à l’entrée de ce centre », affirme Candice, coordinatrice du projet Human Rights Observers à Calais et Grande-Synthe.

Le 14 avril, une communauté d’Érythréens a alerté l’opinion publique dans une lettre ouverte adressée à la préfecture et a décidé de porter plainte pour des violences. « Notre plainte concerne une compagnie de CRS et leurs actions impulsives et agressives à notre égard. Ils ne nous considèrent pas comme des êtres humains », dénonçaient-ils. Le Défenseur des droits a été saisi à plusieurs reprises par différentes associations.

Côté campements, Antoine Nehr a constaté que les conditions de vie se sont fortement aggravées. Retrait partiel ou complet de plusieurs associations, droits fondamentaux bafoués au quotidien, accès « plus que compromis » à l’eau, à la nourriture et aux soins… « La situation est dramatique, note Candice. Il y a une mise en danger des exilés puisque rien n’est fait pour leur venir en aide en pleine pandémie. »

« Les autorités maintiennent la politique de l’épuisement, une politique hostile, à l’heure où l’on aurait eu besoin de voir se développer des solutions d’hébergement pérennes ou des cliniques mobiles », regrette le coordinateur d’Utopia. Un « harcèlement moral intenable » que dénonce aussi Human Rights Observers…

Les démantèlements de camps, qui ont lieu tous les deux jours, ont pris des formes de rituel. Certains exilés évitent de s’absenter du camp ces jours-là afin de pouvoir garder leur tente ou sac de couchage. « L’équipe de nettoyage procède à une saisie des affaires et du matériel. Une partie est jetée, une autre est amenée dans un grand conteneur à la ressourcerie par le biais d’un système mis en place par la préfecture », explique Candice, qui accompagne les migrants sur place pour leur permettre de rechercher leurs effets personnels, souvent sans résultat.

« Ces expulsions sont un semblant de mises à l’abri, forcées, vers des Centres d’accueil et d’examen de la situation (CAES) », s'offusque Jérémie Rochas. C’est là qu’on évalue si la personne peut demander l’asile : si ce n’est pas le cas, elle n’a plus sa place dans le centre. « Ce n’est pas adapté au public de Calais dont la majorité est représentée par des déboutés ou des “dublinés” [auxquels s’impose la règle européenne voulant que le pays en charge de leur demande d’asile soit le premier dans lequel ils ont posé le pied – ndlr]. »

Une évacuation sécurisée aurait dû se tenir le 31 mars et a été reportée à la dernière minute. « Il y a eu à la fois un manque de places d’hébergement et la découverte de deux cas de Covid-19 dans les camps », explique Jérémie Rochas. Trois cents migrants, sur plus d’un millier, auraient dû être mis à l’abri ce jour-là. « Le seul centre d’hébergement spécial Covid créé n’a pas suffi », complète Antoine Nehr.

Les bénévoles d’Utopia 56 et de l’Auberge des migrants ont dû aussi faire face à l’acharnement des forces de l’ordre durant le confinement. Vingt-huit verbalisations ont été dressées à des membres d’Utopia alors qu’ils distribuaient des vivres ou des couvertures aux exilés dans les camps.

 

 

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