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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Le Monde - Clara Gilles - 14/8/2019

Plus de 800 personnes sont entassées dans le gymnase de la commune du Nord depuis décembre 2018. Elles doivent être conduites dans les centres de la région.

Ils sont une centaine à attendre, jeudi 8 août, quand le camion de l’Agence de développement et de secours adventiste (ADRA) fait son entrée sur le parking du gymnase communal de Grande-Synthe (Nord). Tous les jeudis matin, cette association vient distribuer chocolat chaud et tartines aux migrants présents. Ils sont entre 800 et 1 000, selon les estimations, principalement des populations kurdes. S’y ajoute une cinquantaine de familles pakistanaises, réfugiées dans le bois environnant, dit de Puythouck. « Les deux communautés ne s’entendent pas entre elles », explique Claudette Hannebicque, directrice de l’antenne de Dunkerque d’ADRA.

Cette scène routinière n’aura bientôt plus lieu. Le gymnase qui avait ouvert ses portes aux migrants en décembre 2018, durant la vague de froid, va bientôt être évacué. Une décision annoncée aux associations locales par le maire PS de la commune, Martial Beyaert, le préfet de la région Hauts-de-France, Michel Lalande, et le sous-préfet de Dunkerque, Eric Etienne, le 17 juillet. Officiellement, il n’est pas question du bois de Puythouck, mais pour Camille Boittiaux, coordinatrice du projet d’accès aux droits de la Cimade, « il devrait être concerné comme c’était le cas l’année dernière lors de la précédente évacuation ».

Ils sont nombreux à affluer vers Grande-Synthe dans l’espoir de traverser la Manche. L’année dernière déjà, sous le mandat de Damien Carême (EELV), désormais député européen, le gymnase avait accueilli des migrants avant d’être évacué en mai. Différence notable : ils étaient 400 il y a un an ; ils sont aujourd’hui plus de 800.

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Au dernier moment

La nuit qui a suivi l’annonce de l’évacuation, 145 migrants auraient tenté de passer en Angleterre, selon Caia, une bénévole de l’association Project Play. Aucune date n’est pour l’heure fixée, mais les autorités ont annoncé que l’opération se déroulerait dans le courant du mois d’août. Pour Claudette Hannebicque, « c’est le principe du démantèlement. Ils préviennent toujours au dernier moment pour éviter que les gens aillent s’installer ailleurs ». Le sous-préfet de Dunkerque, Eric Etienne, qui devra fixer la date de cette évacuation, évoque « la fin du mois d’août, voire début septembre ».

Les familles sont une vingtaine, séparées par des barrières en fer sur lesquelles des draps tendus préservent une certaine forme d’intimité.

Comme convenu lors de son ouverture, le gymnase doit être mis à disposition des habitants de Grande-Synthe. Mais les conditions déplorables de l’hébergement jouent aussi dans cette décision. « On ne peut pas laisser ces personnes dans ces conditions sanitaires », estime le maire. Alors que le gymnase devait accueillir entre 250 et 300 personnes, ils sont plus de 800. A l’intérieur, le grand terrain de sport abrite une partie des hommes seuls tandis que certaines familles s’entassent dans une petite salle adjacente. Dans la pénombre, elles sont une vingtaine, séparées par des barrières en fer sur lesquelles des draps tendus préservent une certaine forme d’intimité. Parmi elles, quelques bébés comme Alina, née il y a une dizaine de jours de parents irakiens.

Le reste des familles reconstituent leur foyer dans des tentes, au milieu des autres hommes seuls ou des mineurs isolés. Entre l’insalubrité du lieu – mégots et autres déchets jonchent le sol – et la promiscuité, les conditions sont déplorables. « Une ville ne peut pas gérer à elle seule 1 000 personnes », déplore Martial Beyaert.

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« Les enfants sont de plus en plus malades »

Lors de l’ouverture du gymnase, aucune convention n’a été signée avec l’Etat, la gestion de l’accueil revenant ainsi à la mairie. « On a considéré qu’il n’y avait pas beaucoup de migrants à ce moment-là, qu’il n’était pas nécessaire d’ouvrir le gymnase. On savait que ça ne ferait qu’attirer les gens qui souhaitent passer en Angleterre », explique le sous-préfet de Dunkerque. En juin, la préfecture a fini par être condamnée à prendre des mesures sanitaires par le Conseil d’Etat, qui avait été saisi par une douzaine d’associations ainsi que la commune. Mais malgré l’installation de points d’eau et de douches, la situation ne va pas en s’améliorant. « Les enfants sont de plus en plus malades. Chaque jour des parents viennent me les présenter en me demandant d’appeler des médecins », raconte Caia.

Les conditions de sécurité ne sont plus assurées, non plus, depuis l’installation de commerces illégaux. Au milieu du terrain extérieur du gymnase, des restaurants de fortune fleurissent, un petit comptoir en bois fait office de tabac, et quelques canapés récupérés forment un bar à chichas. « La plupart sont tenus par des petits passeurs. Les migrants y travaillent pour se payer un passage vers l’Angleterre », se désole Claudette Hannebicque. Et les passeurs font régner leur loi. Erich, un Kurde venu de Turquie s’y reprend à deux fois avant de se confier : « Il faut que je fasse attention à ne pas parler devant eux si je ne veux pas avoir de soucis. » Autant de raisons qui ont poussé le maire à renouer avec les autorités.

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C’est conjointement qu’ils ont pris la décision de procéder à une évacuation. La sous-préfecture s’engage à reloger l’ensemble des migrants dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO) et des centres d’accueil et d’examen de la situation (CAES). « On essaiera de les placer dans ceux de la région, dans la mesure du possible, sinon on s’écartera un peu », précise Eric Etienne.

Politiques sur le long terme

Juridiquement, cette mise à l’abri doit respecter plusieurs conditions pour être considérée comme telle. Elles ont été rappelées en avril par le tribunal administratif de Lille, qui venait de juger « illégal » le démantèlement d’un précédent camp par la préfecture en septembre 2017. Ainsi toute orientation vers des CAO et des CAES doit être faite avec « le consentement exprès des personnes et sans contrainte ». Pourtant, lors de la réunion du 17 juillet, la préfecture a annoncé une mise en rétention des personnes qui se montreraient « récalcitrantes ». « Proposer de monter dans un bus ou d’être envoyé en centre de rétention n’est-ce pas une forme de contrainte ? », interroge Camille Boittiaux.

Alexandra Limousin, de l’association l’Auberge des migrants, s’inquiète :

« On n’est pas contre l’évacuation, mais on sait que les migrants vont revenir pour essayer de passer en Angleterre. Ça fait vingt ans que ça dure. La question, c’est dans quelles conditions. »

Aucune décision n’a pour l’instant été prise quant à leur retour. Durant la distribution du déjeuner, Henri Kupcynk, coordinateur de l’association Salam s’inquiète de voir Grande-Synthe devenir un « nouveau Calais ».

Le maire souhaite aujourd’hui « marcher main dans la main avec l’Etat » tout en réclamant des politiques sur le long terme. « Il faut revoir la prise en charge, les conditions d’accueil et peut-être que là ils accepteront de rester en France. » Alors que l’Etat refuse tout point de fixation sur le littoral, plusieurs associations, dont la Cimade, réclament la mise en place d’une structure pérenne. « Un lieu de répit avec des conditions d’accueil dignes et une information juridique fiable », précise Camille Boittiaux. Un élu du conseil municipal, Dany Wallyn (LFI), vient justement de signer un courrier dans lequel il appelle à créer une « maison des migrants ». Mais les associations s’interrogent : proposition sérieuse ou coup de com ?

 

 

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