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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Fermez les Centres de Rétention !

Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser

Les Cercle des Voisins du Centre de Rétention de Cornebarrieu a lancé cette pétition adressée à Emmanuel Macron (Président de la République française.)

 

Lire la lettre au Président      Signer la pétition

 

Source : Bastamag - Rachel Knaebel - 13/11/2017

Ils sont 600 000 « esclaves modernes » rien qu’en Europe. Un phénomène « alarmant » au point que le Royaume-Uni a adopté un Modern Slavery Act et que des formations au droit du travail sont dispensées aux réfugiés en Allemagne. Car maintenus dans la précarité par leur statut fragile, les travailleurs migrants, en particulier les sans-papiers et demandeurs d’asile, sont les plus exposés à cette exploitation. En France, la justice peine à lutter contre ce travail forcé qui se répand dans l’agriculture, la construction, l’industrie ou la restauration.

« Vous connaissez ce mot, "droits" ? », demande Birgitta Wodke. Elle écrit le mot sur le tableau, pendant un cours d’allemand à destination des réfugiés dans un quartier du sud de Berlin. « "Rechte" (droits, ndlr). "Arbeitsrecht" (droit du travail)... » Face à elle, une dizaine d’étudiants écrivent consciencieusement sur leur cahier. Ils ont entre vingt et cinquante ans, viennent de Syrie, du Pakistan, d’Égypte, d’Iran, du Ghana, d’Afghanistan, et parlent déjà bien allemand. Birgitta Wodke n’est pas professeure de langue. Elle intervient ici pour une courte formation au droit du travail allemand. L’objectif : protéger ces nouveaux arrivants contre les abus et exploitations en tous genre.

Il y a ici six hommes, quatre femmes. L’une est diplômée d’anglais et a travaillé neuf ans dans une agence de voyage en Iran. Il y a un ancien professionnel de la broderie qui projette de se reconvertir comme chauffeur de bus, une jeune Ghanéenne qui était esthéticienne dans son pays, un Afghan qui conduisait des poids lourds et travaille aujourd’hui un dizaine d’heures par semaine dans un fast-food. Ou encore, un ingénieur égyptien avec 18 années d’expérience, une enseignante, un menuisier, un jeune Syrien qui a travaillé trois ans en Turquie au début de son exil et espère désormais trouver un emploi dans la vente ou la réparation de téléphones portable.

« On est payé pendant les congés ? »

La formatrice distribue une bande-dessinée toute simple : un personnage propose du travail à un autre, pour cinq euros de l’heure. Ce dernier accepte ; il fait la plonge, sans gants. Reçoit sa première paie, presque rien. Il réclame son dû, et l’employeur lui répond : « Tu n’auras pas plus. Maintenant tu peux partir ». « Cela m’est déjà arrivé », réagit l’homme Afghan. Mais il ne savait pas comment se défendre. C’est justement de ce genre d’abus que cet enseignement entend protéger les réfugiés. « Même sans contrat écrit, un accord oral vaut pour contrat en Allemagne. Si vous venez travailler après cet accord oral, il faut que l’employeur vous paie. Et s’il vous licencie, il doit le faire dans les règles », souligne la formatrice. « Qui peut vous aider dans une telle situation ? », demande-t-elle. « Les association d’aides aux migrants, les syndicats, et aussi la police. Même si vous travaillez sans autorisation, il y a des situations où vous pouvez quand même vous adresser à la police. Si le patron vous frappe, où qu’il a pris votre passeport. Un employeur n’a pas le droit de vous prendre votre passeport. »

Au cours des trois heures, la formatrice explique ce qu’il faut savoir pour se défendre : bien noter le nom de l’entreprise, son adresse, des contacts de collègues qui pourraient témoigner du fait que l’on a bien travaillé sur le site, prendre une photo de soi sur son lieu de travail. Ce que doit contenir un contrat, quel est le salaire minimum, quels sont les droits aux congés, en cas de maladie… « On est payé pendant les congés ? », interroge un homme. « Oui – Et en cas d’accident du travail ? – Oui – En cas de maladie ? – Oui. » Autant de points essentiels à connaître.

En fin de mois, une fiche de paie de... zéro euro !

Brigitta Wodke travaille pour l’organisation Travail et vie (Arbeit und Leben) qui accompagne au quotidien des travailleurs migrants faisant face à de telles situations. « Récemment, nous avons reçu une dizaine de chauffeurs polonais travaillant pour une entreprise de la région, indique Philipp Schwertmann, directeur du département "migration et travail" au sein de cette organisation. Sur leur fiche de paie, le salaire de départ était indiqué, puis des retenues sur salaire, pour des palettes soit-disant endommagées ou perdues… Jusqu’à atteindre, à la fin, un salaire de zéro euro ! Ils ne recevaient rien. L’un d’entre eux est allé, avec notre aide, au tribunal du travail et a évidemment gagné. Il a pu récupérer ses arriérés. Mais il y a d’autres chauffeurs qui viennent et qui, de la même manière, n’ont pas du tout été payés pour le travail effectué. C’est un comportement criminel de la part de cette entreprise. Le juge lui-même l’a affirmé. »

Des histoires comme celles-ci, les conseillers qui aident les travailleurs migrants en rencontrent constamment en Allemagne. Des livreurs de colis bulgares qui n’ont reçu aucun salaire après plusieurs mois de travail, après avoir dû payer l’essence de leur poche. Des ouvriers du bâtiment roumains sans salaire pendant des mois, et qui se retrouvent finalement à la rue dans un pays qui n’est pas le leur. « Même quand nous gagnons au tribunal, pour faire payer les salaires, nous voyons les mêmes cas se répéter par la suite. Si l’on veut vraiment changer les choses, il faut des sanctions pénales contre les employeurs exploiteurs. »

Au bureau de Philippe Schwertmann, ce sont surtout des travailleuses et travailleurs d’Europe de l’Est qui viennent pour l’instant chercher une aide. Mais avec l’arrivée de près d’un million de réfugiés depuis 2015 en Allemagne, lui et ses collègues se préparent à voir de plus en plus de travailleurs extra-européens victimes des mêmes abus. « Nous avons déjà vu quelques cas de réfugiés exploités. Les gens veulent absolument travailler, ils ne pensent pas forcément dès le début à se protéger contre les abus, témoigne le responsable. Dans les cours d’intégration pour réfugiés, les gens reçoivent des notions de l’histoire allemande. C’est bien. Mais ils doivent aussi être informés de leurs droits en tant que travailleurs ! » En plus des interventions dans les cours de langue, l’organisation Arbeit und Leben donne aussi des formations au droit du travail dans les organisations communautaires, auprès des bénévoles et travailleurs sociaux qui accompagnent les réfugiés.

Le travail forcé augmente de manière alarmante

Une étude publiée en août par un cabinet d’analyse de risques états-unien, Verisk Maplecroft, estime que le risque de subir une forme d’esclavage moderne, dont le travail forcé, augmente de manière alarmante en Europe. En cause : l’exposition à l’exploitation des nouveaux migrants tout juste arrivés sur le continent. Selon cette étude, les pays avec les plus hauts taux de risque de mise en esclavage moderne sont aussi ceux par lesquels arrivent les réfugiés : Grèce, Italie, Roumanie, Bulgarie. Les migrants sont aussi particulièrement exposés au risque de travail forcé en Turquie.

« L’afflux de centaines de milliers d’exilés de Syrie, combiné au système turc restrictif de permis de travail pour les réfugiés, a conduit des milliers d’entre eux vers le marché du travail informel », note l’étude. L’exploitation extrême des réfugiés syriens dans différents secteurs de l’économie turque a été largement documentée par la presse internationale et les ONG [1]. Plusieurs enquêtes révèlent comment l’industrie textile turque, qui exporte notamment vers l’Europe, recourt au travail d’enfants syriens.

« Nous savons qu’il y a aussi des réfugiés qui travaillent dans l’industrie textile en Europe de l’Est et du Sud, mais nous n’en savons pas plus sur leurs conditions de travail, indique Bettina Musiolek, membre de la campagne Clean Clothes, un groupement d’ONG œuvrant pour de meilleures conditions de travail dans l’industrie textile. En Bulgarie en particulier, qui est un point d’entrée des réfugiés dans l’UE, il y une importante industrie textile. Mais les fabriques qui emploient des réfugiés veulent rester discrètes. »

En Italie, autre point d’arrivée des réfugiés sur le continent, un phénomène de travail forcé massif existait déjà, en particulier dans l’agriculture, avant la crise migratoire actuelle. En mars dernier, The Guardian attire l’attention sur le cas de dizaines de milliers de femmes roumaines maltraitées dans des exploitations agricoles de Sicile. Elles y étaient soumises à des conditions de travail qui s’apparentent en tous points à de l’esclavage moderne : des journées sans fin, des menaces, des violences sexuelles quotidiennes et systématiques [2].

Plus de 600 000 esclaves modernes en Europe

Selon les chiffres de la Fédération italienne des travailleurs de l’agro-industrie, 100 000 personnes travailleraient dans des conditions d’exploitation et de vulnérabilité extrême en Italie. En Grande Bretagne, une estimation du gouvernement chiffrait en 2013 entre 10 000 et 13 000 le nombre de personnes qui y seraient victimes de travail forcé. Dans le monde, ce chiffre s’élèverait à 16 millions, selon l’Organisation internationale du travail (OIT, agence des Nations unies). Sans compter les victimes d’exploitation sexuelle, ni celles de travaux forcés imposés par des États. Ces travailleurs sont exploités dans différents secteurs de l’économie privée : services domestiques, agriculture et pêche, construction, industrie manufacturière… En 2012, toujours d’après l’OIT, //www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/@europe/@ro-geneva/@ilo-brussels/documents/genericdocument/wcms_184976.pdf" class="spip_out" rel="external" style="font-size: 14px !important; line-height: 20px !important;">le nombre de victimes se montait à 600 000 en Europe.

« Le travail forcé peut être défini comme un travail accompli contre son gré et sous la menace d’une peine quelconque », précise l’OIT. Ajoutant : « Le travail forcé se distingue de simples conditions de travail d’exploitation ou qui ne respectent pas les normes. Divers indicateurs peuvent être utilisés (...), notamment les restrictions à la liberté de mouvement des travailleurs, la confiscation des salaires ou des documents d’identité, les violences physiques ou sexuelles, les menaces ou l’intimidation, ou les dettes imposées de manière frauduleuse, auxquelles les travailleurs ne peuvent échapper. »

En France, les sans-papiers et demandeurs d’asile premières victimes

« Les travailleurs sans-papiers et les demandeurs d’asile sont les proies les plus évidentes de l’exploitation, souligne Marilyne Poulain de la CGT Paris. Les demandeurs d’asile n’ont pas l’autorisation de travailler. Et l’allocation à laquelle ils ont droit, quand ils arrivent à l’obtenir, ne permet pas de vivre. Avec les guerres et conflits politiques en cours, cette situation ne peut que s’aggraver. » [3].

Marilyne Poulain a accompagné la lutte des coiffeuses sans-papiers du 57 boulevard de Strasbourg à Paris. Début 2014, sept travailleuses d’un salon de coiffure du 10ème arrondissement entamaient une grève après la disparition de leur patron, avec leurs arriérés de salaires (voir notre article). Elles sont Nigérianes, Ivoiriennes, Burkinabées, Sénégalaises, Maliennes, Chinoises, avec un statut de sans-papiers ou demandeuses d’asile. Les conditions de travail, déplorables, et de salaire sont différentes selon les nationalités. « Les africaines touchaient entre 100 et 300 euros par mois, pour 80 heures par semaine », souligne la responsable syndicale. Elles subissaient aussi des menaces.

Une loi qui n’est pas appliquée par les tribunaux français

La CGT a porté plainte contre les responsables du salon de coiffure, en autres pour traite d’êtres humains à visée d’exploitation par le travail. Mais le procureur n’a pas retenu cette qualification. Les patrons du salon ont seulement été condamnés pour conditions de travail indignes. Pourtant, la loi française a été amendée en 2013, en application d’une directive européenne, pour mieux punir la traite des être humains à visée d’exploitation économique et par le travail.

Depuis cette loi, le code pénal français dispose que « la traite des êtres humains est le fait de recruter une personne, de la transporter, de la transférer, de l’héberger ou de l’accueillir à des fins d’exploitation », par la menace, la contrainte, la violence, ou en abusant d’une situation de vulnérabilité. Le travail forcé y est défini comme « le fait, par la violence ou la menace, de contraindre une personne à effectuer un travail sans rétribution ou en échange d’une rétribution manifestement sans rapport avec l’importance du travail accompli ». Il est théoriquement puni de sept ans d’emprisonnement et de 200 000 euros d’amende.

« Le problème, c’est que la justice française a encore une vision très restrictive de la traite. Elle se focalise sur la lutte contre l’exploitation sexuelle, ce qui est très bien. Mais l’exploitation économique est négligée, regrette Marilyne Poulain. Pour qualifier la traite à visée d’exploitation économique, le parquet exige que tous les éléments de définition soient présent simultanément : le recrutement depuis le pays d’origine, le transport des personnes, un hébergement et des conditions de travail indignes. Alors que la traite n’implique pas forcément l’existence d’une filière complète. L’exploitation d’une personne en situation de vulnérabilité, dans des conditions de travail contraires à la dignité humaine, devrait suffire à la qualifier. Si le parquet campe sur cette vision restrictive, il sera difficile de créer une jurisprudence. » Et donc de lutter contre le phénomène d’exploitation extrême des travailleurs les plus vulnérables. « Dans les faits, depuis 2013 en France, il n’y a eu aucune affaire où l’infraction de traite à visée d’exploitation économique a été reconnue. »

Des outils juridiques encore mal connus

En Italie aussi, une nouvelle loi est entrée en vigueur fin 2016, destinée à durcir les sanctions contre l’exploitation extrême des travailleurs agricoles. La Grande Bretagne, de son côté, a adopté en 2015 un Modern Slavery Act, une loi de lutte contre l’esclavage moderne, dont le travail forcé. Cette loi oblige en outre les plus grandes entreprises exerçant sur le territoire britannique à informer chaque année sur la manière dont elles luttent contre le travail forcé et la traite d’êtres humains au niveau de leurs chaînes d’approvisionnement [4]. En Allemagne, le code pénal a également été modifié en 2016. Mais il est encore trop tôt pour juger de l’impact de ces modifications.

« Il faut du temps pour que la loi passe dans la pratique, précise Luiza Lupascu, de l’organisation Arbeit und Leben. Nous faisons notre possible pour informer sur ces nouvelles dispositions les organisations qui aident les travailleurs migrants, la police, le service de la douane responsable de la lutte contre le travail au noir, les syndicats, les administrations. Mais pour certaines de ces dernières, l’exploitation par le travail n’est pas une priorité. Nous leur expliquons le lien entre la réforme du code pénal et leur action. Par exemple, cela fait partie du mandat de l’administration de lutte contre le travail au noir de combattre le travail forcé, mais ils ne le savent pas forcément. »

L’administration allemande chargée du contrôle de la lutte contre le travail au noir (appelée Finanzkontrolle Schwarzarbeit), interrogée par Basta !, reconnaît que « La traite des êtres humains tout comme le travail forcé, ne font pas partie des priorités de l’administration de lutte contre le travail au noir. La responsabilité des enquêtes et de la prévention dans ce domaine revient à la police. »

Un sous-marché du travail utilisé par les sous-traitants

« S’il n’y a pas d’autorité compétente capables d’identifier le travail forcé et d’agir en conséquence, s’il n’y pas de soutien aux victimes mis en place pour cause d’économies budgétaires, alors la lutte contre le travail forcé est perdue d’avance », déplore Cinzia Sechi, responsable à la Confédération européenne des syndicats (CES). Pendant ce temps, les travailleurs migrants sont toujours les plus exposés aux abus. « Les dispositions qui interdisent aux étrangers extra-européens de travailler génèrent de fait un sous-marché du travail utilisé par les sous-traitants en cascade. », analyse Jérôme Beuzelin, inspecteur du travail et responsable syndical chez Sud travail. Une forme de « délocalisation sur place », pour reprendre l’expression forgée il y a déjà plus de quinze ans par l’Anthropologue Emmanuel Terray.

« Notre syndicat porte comme revendication l’abrogation de toutes les dispositions du code du travail relatives à la nationalité, poursuit Jérôme Beuzelin. Pour nous, l’important est que le travailleur soit déclaré, et ce, quelle que soit sa nationalité. » De fait, la meilleure protection pour les travailleurs sans-papiers exploités reste encore la régularisation. Début 2017, une cinquantaine d’ouvriers kurdes du chantier du métro des Halles à Paris s’étaient mis en grève après avoir travaillé des mois sans recevoir de salaire du sous-traitant qui les avait embauchés. Le donneur d’ordre, Vinci, a finalement payé les arriérés de salaires et offert des CDI aux ouvriers, la clé pour qu’ils soient régularisés. « Le conflit des coiffeuses a été extrêmement dur, mais cela a permis de faire bouger les lignes au ministère du Travail et à la Préfecture de police, ajoute Marilyne Poulain, de la CGT Paris. Pour faire reconnaître le fait que les salariés sans-papiers ne sont pas des complices, mais des victimes de leurs employeurs. »

Rachel Knaebel

Photo : CC JD Hancock

Vite dit

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Désespoir20/1/2020 - Eux c'est Nous et tout ce qui est humain est notre !
Je souffre devant tant de malheurs et d'injustices. Il faut que je parle, que j'écrive ma colère :
Un jour, en visite au CRA (Centre de Rétention Administrative) il m'a été répondu que le CRA n'était pas un hôtel : que le retenu ne pouvait pas choisir sa chambre, ni son voisin de lit, ni son repas !
Non seulement le retenu est arbitrairement privé de liberté et c'est scandaleux, mais en plus il est jugé de façon inégale, mais en plus il n'a pas droit à la même défense, mais en plus il ne trouve pas autour de lui autant de sollicitude et d'attention qu'il en aurait besoin !!!
Et oui, au CRA on ne peut pas avoir sa valise de fringues avec soi, au CRA on n'a pas forcément l'eau chaude, au CRA on n'a pas assez de couvertures, au CRA on est en souffrance, au CRA on doit subir l'autorité violente de la police et on est INNOCENT.
C'est une prison plus violente que la prison parce qu'on est innocent.
Pas de médecin sans frontière pour défendre MR N., malade, qui va être expulsé vers le pays qu'il fuit ;
Pas d'avocat sans frontière pour Mme M., qui a eu l'audace de traverser une rue pour se faire coiffer et écope de 5 mois d'emprisonnement en France alors qu'elle travaillait depuis plus de 2 ans en Suisse, sans avoir subi aucun contrôle,
Pas de défenseur sans frontière des droits de l'homme pour D., 21 ans, le sourire aux lèvres, qui après avoir été prisonnier 90 jours en Lybie, sera 60 jours prisonnier en France avant de prendre un avion pour l'Italie !
J'espère que H., que nous avons vu ce matin retrouve la liberté cet après-midi ; il est en plein désarroi, abasourdi par ce qui lui est arrivé et par les conséquences qui en découlent sur sa famille .
Cependant :
Eux c'est Nous et tout ce qui est humain est notre !

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20/11/2019 - Gouverner, c’est créer des numéros verts
Le gouvernement a trouvé la méthode universelle pour résoudre les problèmes d'accès aux services publics : créer un numéro d’appel.

Vous êtes un étudiant précaire qui n’arrive plus à s’en sortir ? La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a annoncé la création d'un numéro d'appel afin de mettre en relation les étudiants en difficulté financière avec une assistante sociale qui pourra … les informer.

Les urgences sont saturées ? La ministre de la Santé, Agnès Buzyn a annoncé la création d’un « numéro unique d'accès aux soins » qui vous aiguillera très certainement vers … les urgences.

Des soupçons de radicalisation ? Appelez le 0 800 005 696, vous pourrez y dénoncer votre voisin barbu ou votre voisine voilée comme vous y a invité le président de la République.

Vous êtes réfugié et vous voulez déposer une demande d’asile ? Fini les longues files d’attente, vous pouvez désormais appeler une plateforme téléphonique de prise de rendez-vous (appel payant). Celle-ci est saturée et vous raccroche au nez 45 minutes et 5 euros plus tard ? Renouvelez votre appel (et payez) autant de fois que nécessaire (voir ici). Vous n’avez pu obtenir de rendez-vous dans les délais (raccourcis par la loi Asile et Immigration) ? Dommage, vous êtes désormais en situation irrégulière et vous serez expulsé car vous n’avez « plus rien à faire là » comme dit le président de la République.

Il fut un temps où les services publics fonctionnaient correctement. Après des années de coupes budgétaires pour compenser les baisses d’impôts pour les grandes entreprises et les plus fortunés, les dysfonctionnements se multiplient alors que les besoins augmentent en raison d’une plus grande précarité.

La solution serait-elle de redonner des moyens aux services publics et de prendre des mesures pour réduire la précarité ? Non, vous n’y êtes pas du tout. La solution, c’est de créer un numéro d’appel en amont des services publics déficients pour vous faire patienter. A moins que ce ne soit pour vous faire comprendre comment vous en passer.

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22/10/2019 - C'est l'histoire d'une famille, et plus particulièrement d'un papa qui n'a pas les papiers pour vivre sur le territoire français. C'est surtout  l'image de notre société, de notre façon de vivre, de notre indifférence qui est évoquée ici.  "Ici",  c'est le palais de justice de Toulouse, mais ce pourrait être celui de Nantes ou de Paris,  puisque les récits entendus sont similaires. Le début de la mésaventure de ce papa se situe à proximité d'un centre commercial, et plus précisément à côté du conteneur poubelle, l'endroit où sont jetés les produits périmés invendables.  Endroit convoité par tous les sans droits de nos sociétés. Endroit choisi par la police pour guetter ceux qui oseraient " voler" les déchets et les invendus divers.  Ce papa n'a pas été pris la main dans la poubelle, on l'a juste suspecté de vouloir le faire.  Pour cela il a été interpellé, arrêté, incarcéré en centre de rétention, séparé de sa femme et de ses 4 enfants. Heureusement, le juge aujourd'hui a décidé de le remettre en liberté suite à des irrégularités de procédure.
Quoi qu'il en soit, la réalité reste: nous vivons dans un monde de bêtes féroces où ceux qui peuvent consomment aveuglément et sans limites laissant les autres à la rue, avec comme seule pitance les déchets des poubell
es, qui de surcroit leur sont interdits.

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23/9/2019 - D’où viennent les « migrants économiques » ?
(Citation extraite d’un article de Toni Morrison publié en mars 2015 par l’hebdomadaire The Nation)

"Pendant la majeure partie des cinq derniers siècles, l’Afrique a été considérée comme pauvre, désespérément pauvre, en dépit du fait qu’elle est outrageusement riche en pétrole, or, diamants, métaux précieux, etc. Mais comme ces richesses n’appartiennent pas en grande partie à ceux qui y ont vécu toute leur vie, elles sont restées dans l’esprit de l’Occident dignes de dédain, de douleur et, bien sûr, de pillage. Nous oublions parfois que le colonialisme était et est toujours une guerre, une guerre pour contrôler et posséder les ressources d’un autre pays, c’est-à-dire l’argent. Nous pouvons aussi nous leurrer en pensant que nos efforts pour « civiliser » ou « pacifier » d’autres pays ne sont pas une question d’argent. L’esclavage a toujours été une question d’argent: du travail gratuit produisant de l’argent pour les propriétaires et les industries. Les « travailleurs pauvres » et les « pauvres sans emploi » contemporains sont comme les richesses dormantes de « l’Afrique coloniale la plus sombre » – disponibles pour le vol des salaires et le recel des biens, et appartenant à des entreprises métastatiques qui étouffent les voix dissidentes."

À la lumière de ce texte, qui décrit une réalité incontestable, qui peut dès lors prétendre être surpris que des milliers de personnes décident d'abandonner leurs vies, leurs familles, leur histoire pour chercher une vie meilleure ailleurs?
Qui peut dès lors, la main sur le cœur, prétendre que c'est nous, les pays du "premier monde", qui sommes "injustement envahis" par des hordes de "profiteurs parasites" alors que seule une toute petite partie de ces exilé.e.s s'installent dans nos pays?
Qui peut dès lors leur refuser le droit de chercher une vie meilleure, dont nous les avons privés dans leurs propres pays?

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15/9/2019 - On parle d’État de droit ou des tas de droits ?
Suite à nos protestations sur l’expulsion collective de familles de Géorgiens au début de l’été, le préfet de la Côte d’Or nous précise que « La politique migratoire conduite par le Ministère de l’Intérieur et que je mets en oeuvre /…/ est une politique équilibrée qui s'inscrit dans la stricte application de la loi et de l'État de droit. L’État de droit ne saurait être divisible : c'est l’État de droit qui instruit avec rigueur, discernement et humanité /.../ c'est aussi ce même État de droit qui éloigne des étrangers en situation irrégulière ».
Se réfugier ainsi sous le parapluie des tas de droit que nos dirigeants s’évertuent à complexifier chaque fois plus pour interdire tout accès au séjour des étrangers ou pour transformer des problèmes administratifs en délit pénal en prononçant des interdictions de territoire et ainsi transformer la rétention en détention est la marque d’une dérive continue vers une perte de valeur.
Il n’est pas fortuit que la nouvelle Commission européenne change le nom de l'ancien portefeuille lié au droit d'asile, "Migrations, Affaires intérieures & Citoyenneté" par "Protection du mode de vie européen" en omettant ainsi l'essentiel qui serait de « Protéger nos valeurs européennes ».

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Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

Collectif 20 juin

Journée mondiale des réfugiés 20 juin 2020 " contre les murs "

Journée mondiale des réfugiés 20 juin 2020 " la traversée du désert "

Depuis 4 ans, chaque année à Toulouse le "collectif 20 juin Toulouse" organise la Journée Mondiale des Réfugié·e·s.
Du fait de l’épidémie de COVID-19 et des restrictions sanitaires, le collectif a dû annuler, à contre cœur, les deux belles journées événements qu'il avait préparées pour cette édition 2020...
Il était malgré tout important pour nous de faire quelque chose. C'est pourquoi nous avons décidé de vous faire vivre ce temps dédié aux réfugié·e·s de façon virtuelle !

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