En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

cdv logo  

Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

logo EGM Toulouse

Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - Alain Bonneau - 29/07/2017

A l'opposé de radicalités se disant constructives, le Collectif d'associations "Contre le Mur de la Honte" réuni à Séméac, village voisin de Tarbes a pu élaborer un projet de dignité avec la Préfecture des Hautes-Pyrénées afin que les migrants attendus progressivement dans l'ancien Hôtel Formule 1 reconverti en PRAHDA puissent être accueillis dans un temps long qui favorise leur intégration.

Mur à Séméac

http://www.nrpyrenees.fr/article/2017/07/26/81495-on-veut-juste-qu-ils-soient-accueillis-dignement.html

Mur à Séméac : « On veut juste qu'ils soient accueillis dignement »

Le mur de la honte © Jérôme Carrère 

 Alors qu'une réunion de sortie de crise est prévue vendredi à la préfecture, les membres du Collectif Séméac rejettent toute accusation de racisme suite à la construction du mur.

* * * *

1- Trop de murs et de douves : traces d’un autre âge, barbare, mais bien actuel

a) Un peu partout sur la planète, des murs de la honte ont fleuri ces dernières années 1, témoignant du radical repli sur soi de certains et du refus de l’autre. Ceux-là rejettent l’idée même d’une quelconque solidarité humaine face aux guerres et mises en danger des civils.

b) Plus près de nous, l’Europe n’est pas en reste de racisme actif :

Sur la carte ci-dessous, cliquez

• sur les zones oranges pour obtenir des informations et des photographies sur les murs déjà construits en Europe,

• sur les zones bleues pour ceux en cours de construction

• et sur les zones violettes pour les murs en projet.

 

La carte des murs 

http://www.eurosorbonne.eu/?p=1416

«La France a entamé la construction d’un mur de 30 km, financé par le Royaume-Uni. La municipalité de Calais a fait savoir qu’elle s’opposait à sa construction, si la jungle était démantelée (ce qui a été le cas, le 24 octobre). Mais le mur, hautement symbolique, est toujours en construction.»

« L’Europe, bastion des défendeurs de la liberté, élève modèle de l’égalité et donneur de leçons des droits de l’Homme, n’est pas en reste. Depuis une vingtaine d’années, les frontières extérieures de l’Europe sont de plus en plus fermées, et l’espace Schengen lui-même fait face à des constructions sécuritaires, velléités de gouvernements nationaux. » peut-on lire également sur ce site.

c) Dans le nord de la France, l’imagination pour exclure est à son comble :

Migrants : Eurotunnel inonde des terrains pour sécuriser le site du tunnel sous la Manche 2

« Le fait d'utiliser les zones marécageuses fait partie du plan" pour sécuriser le site, a ajouté une porte-parole d’Eurotunnel, précisant que les travaux ont été réalisés "en concertation avec les autorités".

Prochaine étape prévue par Eurotunnel : la plantation de haies défensives, dotées d'épines. »

d) À l’opposé géographique, c’est un “Collectif” du village de Séméac, près de Tarbes, qui vient de s’illustrer avec la mise en place d’un mur de 18 mètres sur 2 de hauteur !

Le Collectif Séméac mure l'entrée du futur centre d'accueil pour migrants 

Séméac: Ils murent l’entrée du futur centre d’accueil pour migrants 3

2- Les rhétoriques de l’insécurité et de la dignité

a) Les interviews d’habitantes retenues dans le reportage https://player.myvideoplace.tv/?v=DDM_PAD_250717-14 4 mettent en lumière des “imaginaires de l’insécurité” associés à l’amalgame “étranger – délinquant” ou à celui de “concurrent économique”, sous couvert de bonne conscience, affichée par l’utilisation du vocabulaire autorisé sociétalement d’“intégration”, mot-valise pour le moins non-consensuel.

b) À son tour, le premier adjoint de la mairie de Séméac, Philippe Baubay, voudrait convaincre qu’“on ne peut pas mettre [loger] 85 personnes au même endroit” (sic 5) alors que la présence de l’hôtel Formule 1 ne lui a jamais posé aucun souci auparavant, sans qu’il ait eu connaissance a priori ni de l’identité des personnes qui y ont résidé ni de leur provenance géographique. Pour lui, la dignité ne serait ainsi préservée que par le fait de disperser les migrants sur un territoire plus élargi. 6

c) Amalgame peu commun entre le vocabulaire de la prétendue “mixité sociale” et de la “dignité” !

Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, site de référence, définit pourtant cette dernière de façons fort différentes 7 :

« A.− Sentiment de la valeur intrinsèque d'une personne ou d'une chose, et qui commande le respect d'autrui.

1. Prérogative ou prestige inaliénables dont jouit une personne en raison de son comportement, ou qui sont attachés à une chose, et qui leur valent considération et respect ou y donnent droit.

2. Attitude de respect de soi-même, fierté

B.− Prérogative (charge, fonction ou titre) acquise par une personne (un groupe de personnes), entraînant le respect et lui conférant un rang éminent dans la société.»

En quoi la “dignité d’une personne” serait-elle amenée à varier selon qu’elle serait proche de personnes subissant les mêmes difficultés, ou en étant éloignée ?

Pourquoi le discours de cet élu passe-t-il outre au respect de personnes inconnues qu’il pourrait, à l’opposé de son imaginaire crispé, pessimiste et excluant, être tenté d’accueillir pour les valeurs intrinsèques qu’elles véhiculent, ou par leur comportement, ou encore par le courage qu’elles pourraient manifester, en ayant réussi à braver tant de dangers ?

L’utilisation du vocabulaire est mise en pièces ici aussi par les sous-entendus de “peur”, d’“éloignement”, de “dispersion” d’un danger fantasmatique projeté, que cet élu véhicule dans les médias, avec le poids de ses responsabilités électives et donc de sa parole exprimée publiquement, c’est-à-dire au nom de ses électeurs. Pourtant, 85 personnes accueillies sur sa commune de 5000 habitants ne compteront que pour 1,7% de la population de Séméac ! Ce n’est pas un tsunami !

Et le premier terme qu’il emploie, lui viendrait-il spontanément lors de l’accueil de touristes : “Mettrait-il” les touristes dans l’hôtel de sa commune ou les y “logerait-il” ? Les migrants n’ont pas les mêmes égards dans son expression… question de dignité ou d’indignité ? Et pour qui ? Il est vrai que ces gens se définissent comme habitant un “quartier résidentiel”, une “zone pavillonnaire” 8

d) Son rôle d’élu ne serait-il pas de veiller au vivre-ensemble de ces nouveaux arrivants, en état sans doute de fatigue et de précarité, et probablement en quête d’accueil véritable, après tant de souffrances ? A l’inverse, sans convoquer l’élu pour la mise en place de structures solidaires, Laurent Teixeira, responsable du Collectif Séméac, se plaint d’une situation inconnue sans envisager que la commune puisse organiser en coopération avec leur Collectif un quelconque soutien à ces personnes :

« Rien n’est prévu pour la vie au quotidien des migrants et des habitants de la commune et les structures municipales, comme les cantines et écoles, sont sous-dimensionnées » 9

3- Penser le vivre-ensemble et la citoyenneté

Le sens de ces questions n’a fait qu’un tour pour l’ensemble des associations qui surveillaient elles aussi le projet :

RESF solidarité avec les demandeurs d'asile

a) En premier lieu, la honte d’un tel mur suscite la mobilisation de plusieurs centaines de manifestants, au cœur de l’été : faisant référence à la rue du 8 mai 1945, le porte-parole de RESF, Laurent Rougé, s’insurge :

« Nous sommes ici pour condamner avec la plus grande fermeté et la plus grande détermination ce mur scandaleux, ce mur abject, qui pendant trois jours a fait honte à Séméac et aux Hautes-Pyrénées.

Nous nous trouvons en outre rue du 8 mai 1945, ce qui nous permet de saluer la mémoire de la centaine d’étrangers qui ont donné leur vie dans notre département pour la France et contre le nazisme. »

Rassemblement de la société civile devant la préfecture des Hautes-Pyrénées

b) La dimension philosophique du projet sociétal et social est première, portée par les nombreuses associations 10 :

« Que ce mur ait été détruit n’enlève rien à son caractère nauséabond et nous, citoyennes et citoyens, venons dire avec force que les Hautes-Pyrénées doivent porter non pas le rejet, la peur irrationnelle ni la xénophobie, mais au contraire des principes d’accueil, d’ouverture et d’humanité, qui ont fait leur histoire et façonné leur population. »

c) La dimension géo-politique internationale préoccupante est prise en compte :

« On ne quitte pas son pays, ses racines, on ne quitte pas sa famille ni son travail, on n’abandonne pas sa langue pour le plaisir ni pour profiter de soi-disant avantages qui dans la réalité n’existent pas. Les demandeurs d’asile viennent chercher en France la liberté, la sécurité, ils fuient la guerre et les persécutions, comme d’autres avant eux il y a des décennies. »

Il n’y a pas de rejet des instigateurs d’un tel mur mais une invite au recul qui fait société :

« Nous sommes ici pour exiger des autorités, en particulier du gouvernement et de ses représentants, qu’elles s’acquittent de leurs missions avec la transparence qui a manqué jusqu’aujourd’hui, raison pour laquelle les pires rumeurs et fantasmes ont pu avoir libre cours.

Nous suggérons d’ailleurs à ceux qui les ont entretenus et qui sont prêts à dépenser de l’argent pour un tel mur, de contribuer financièrement à l’accueil de ces familles pour construire des ponts et non des murs, et de s’engager à nos côtés. »

RESF pas d'enfants dans la rue

d) Il ne s’agit pas pour ces associations d’attendre un geste qui convienne de l’État, mais de participer à la construction du projet dans son urgence :

« Nous exigeons que les organisations impliquées, reconnues et compétentes dans l’accompagnement des demandeurs d’asile, c’est-à-dire le Réseau Éducations Sans Frontières, la Cimade et la Ligue des Droits de l’Homme, participent à la table ronde de vendredi matin à la préfecture de Tarbes. »

4- Penser la politique migratoire et tenter de la panser

a) Pour autant, la démarche n’a rien d’utopique et la mémoire des tractations commerciales entre le groupe ACCOR, la Caisse des Dépôts et l’ADOMA 11 justifie la prudence du Collectif :

« Nous exigeons que les organisations impliquées, reconnues et compétentes dans l’accompagnement des demandeurs d’asile, c’est-à-dire le Réseau Éducations Sans Frontières, la Cimade et la Ligue des Droits de l’Homme, participent à la table ronde de vendredi matin à la préfecture de Tarbes.

Nous exigeons que la prise en charge et l’accueil des ces femmes, de ces hommes et de ces enfants, déjà durement éprouvés par leur parcours, soit assurée avec les moyens financiers et humains nécessaires, que des professionnels qualifiés soient correctement employés, et que ces questions ne fassent pas l’objet de sordides transactions au profit d’une entreprise qui sait dégager des bénéfices sur le sort des plus vulnérables.

Enfin, ce centre d’accueil ne doit pas constituer un lieu de regroupement avant expulsion. À ça aussi nous serons vigilants. 80 personnes dont la moitié d’enfants ne représentent un danger pour personne. Ils viennent ici travailler et enrichir notre population. »

b) On est bien loin des approches et de la nouvelle rhétorique du Collectif Séméac :

« «Le Collectif Séméac vient d'enlever le mur devant le futur centre d'accueil.

Depuis plusieurs semaines, nous réclamions des réponses sur le fonctionnement de celui-ci, les moyens mis en œuvre et les conditions de vie au quotidien concernant les personnes qui vont vivre dans ce centre d'accueil.

Nous sommes restés sans réponse jusqu'à ce que nous décidions d'utiliser un symbole fort : «un mur». Certaines personnes, certains partis politiques, certaines associations, ont détourné notre action afin de faire des récupérations et nous faire passer pour un collectif qui ne souhaitait pas la venue de ces êtres humains en grande souffrance. » 12

http://www.nrpyrenees.fr/article/2017/07/27/81541-le-mur-n-avait-plus-de-raisons-d-exister.html

c) Car il faut se rendre compte, au-delà des sensibilités ou des irascibilités locales, du vaste système étatique qui se met en place :

« Renommée Adoma en 2007, la société [SONACOTRA] a étendu son champ d’action à différents secteurs du logement social, notamment l’hébergement des demandeurs d’asiles. C’est actuellement une filiale de la SNI (société nationale immobilière), elle-même contrôlée par la Caisse des dépôts et consignations, le bras armé financier de l’État. […] Le programme PRAHDA 13 s’inscrit dans une politique plus large visant à créer des structures d’hébergement d’urgence d’un nouveau genre financées par des investissements privés mais fortement contrôlées par l’État à travers sa mainmise sur ADOMA.

En effet, la SNI, maison mère d’ADOMA contrôlée par l’État, est en passe d’acheter au groupe touristique Accor 62 hôtels « Formule 1 », dans le but de les transformer au début de l’automne en centres d’hébergement d’urgence, et centres d’accueil des demandeurs d’asile. Une quinzaine d’hôtels « Première Classe » seront également achetés au groupe Louvre Hotels. En tout ADOMA disposera ainsi de 7000 chambres pouvant accueillir 10.000 personnes, la moitié en région parisienne, la moitié en province.

Le Collectif Séméac fait tomber son propre mur © Florian Albessard

d) Selon l’Association pour la solidarité active du Pas-de-Calais, qui gère déjà un CADA, “Il n’y a eu aucune info ni concertation en amont avec les prestataires potentiels ni même avec les services décentralisés. Le fait que ça soit un marché public interdit toute concertation entre prestataires. Il s’agit de 12 lots régionaux indivisibles, donc ça sera des gros opérateurs dans chaque région. L’ouverture aux acteurs lucratifs pose aussi la question du sens de l’accompagnement puisque des marges de profits peuvent être réalisées !” »

e) L’aspect gestionnaire est associé aux PRAHDA (immobilier, mobilier et humain) :

« Pour financer l’achat de ces hôtels, la SNI a créé un nouveau fonds d’investissement baptisé « Hémisphère ». Son patron André Yché, ancien membre du cabinet du ministère de la défense 14, promet aux investisseur.se.s un taux-plancher de 3,5%, un chiffre attrayant puisque le placement bénéficie des multiples garanties des filiales de la Caisse des dépôts. Le taux sera en outre amélioré en fonction d’un certain nombre de critères sociaux, préalablement établis : niveau de scolarisation des enfants accueillis, réussites en termes de relogement des individus et des familles… » 15

5- Une idéologie économico-financière et politicienne

a) Mais le plus à craindre est dans l’œuf :

« Le marché public stipule par exemple que les personnes relevant de la procédure Dublin pourront être assigné.e.s à résidence dans la structure :

« [Adoma] signalera toute fuite du demandeur sous procédure Dublin aux services compétents et veillera au respect par l’intéressé de ses obligations de présentation. [...]

[Adoma] s’engage à communiquer à l’OFII et au préfet l’identité des personnes hébergées définitivement déboutées de leur demande d’asile en vue d’organiser leur retour et sans que ces personnes ne puissent être orientées vers des structures d’hébergement généralistes. […]

Les personnes n’ayant engagé aucune démarche en vue de l’enregistrement d’une demande d’asile dans les 30 jours suivant leur arrivée en PRAHDA feront l’objet d’une décision de sortie prononcée par l’OFII et devront immédiatement quitter la structure.

Les personnes placées sous procédure Dublin pourront être maintenues dans le lieu d’hébergement le temps nécessaire à la mise en œuvre effective de leur transfert vers l’état responsable de l’examen de leur demande d’asile. »

b) Ces missions de contrôle et de signalement sont contraires - la FNARS l’a signalé à plusieurs reprises - à la déontologie du travail social (notamment du principe de confidentialité) et au principe d’inconditionnalité. Elles sèment le doute quant à la vocation d’accueil et d’accompagnement de ces établissements [8] 16. »

c) La question de l’accueil est ainsi devenue non plus un objet simple d’accueil et de solidarité internationale mais un marché de dupes, instrumentalisant toute personne et toute structure en générant des partenariats d’intérêts et de rejets.

Les murs ne sont plus là où simplement on les voit ou les démolit, mais dans les algorithmes de profit et de manipulation économico-financière et donc dans les stratégies politiciennes, bien loin de la place légitime de la dignité humaine.

6- Les Conventions Internationales ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas

Pour prendre connaissance du mode de concrétisation du sujet, identique et simultané sur Pau, les conclusions sont ici : 17

Mais comme les PRAHDA sont couplés à un système global de surveillance et d’expulsions, n’oublions pas de consulter ce site qui surveille l’évolution, année après année, des camps de réfugiés appelés pudiquement CRA – Centres de Rétention Administrative (prisons pour Étrangers) – 18

comme s’il était encore admissible, au XXI° siècle, d’enfermer des êtres humains qui changent de pays, alors même que la Déclaration Universelle des Droits Humains de 1948 stipule :

« Article 13-1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un État. »

« Article 14-1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays. » 19

encadrés par la pensée prospective de son Préambule qui débute ainsi :

« • Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde,

Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme,

Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression,

Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations, … »

7- Les conclusions locales tournées vers la dignité

En conclusion provisoire (tout dessein politique nécessite d’être contradictoirement observé), le Collectif d’associations publie ci-après le compte-rendu des discussions avec la Préfecture des Hautes-Pyrénées :

Communiqué du collectif «Contre le mur de la honte»

Comme nous l’avions demandé, en particulier lors de la manifestation qui a réuni plus de 300 personnes mercredi dernier à Séméac à l’appel de notre collectif, la table ronde prévue en Préfecture ce vendredi a permis aux associations légitimes dans l’action en faveur des demandeurs d’asiles d’exprimer les enjeux réels de l’installation d’un centre d’accueil de type PRAHDA (Programme Régional d’Accueil et d’Hébergement des Demandeurs d’Asile) sur le site du Formule 1 de Séméac.

Lors de cette table ronde, le représentant de l’État a affirmé la volonté de faire en sorte que l’accueil des exilés soit digne et se passe dans les meilleures conditions pour eux.

Dont acte.

Le Directeur Général d’ADOMA (ex-SONACOTRA), gestionnaire du futur centre, a présenté leur action nationale en réponse aux exigences du ministère, puis le dispositif sur Séméac. Et dans ce cadre, il s’est voulu rassurant quant à nos questions sur la prise en charge des aides financières, l’accès à des traducteurs professionnels, le transport pour aller à la préfecture de région à Toulouse où ils font leur demande d’asile, la gestion des repas, l’accès à l’école, les centres de loisirs, la santé, la petite enfance ou les structures du planning familial et les réponses sont a priori positives quant à leur prise en charge.

Dont acte.

De manière générale, les participants institutionnels ont déclaré leur volonté de réaliser un accueil respectueux des personnes qui ont vécu les pires souffrances dans leurs pays. Dans ce cadre, cet accueil se ferait progressivement et ne serait pas massif dès le mois d’août, répondant aux inquiétudes des riverains.

Dont acte.

Mais notre collectif ne se contentera pas de paroles et de bonnes intentions. Ces membres, qui sont ceux du Réseau Éducation Sans Frontières, de la Cimade, de la Ligue des Droits de l’Homme, seront présents à tous les moments de la mise en œuvre de ce projet afin d’en effectuer, en tant qu’experts de la gestion au quotidien des demandeurs d’asile, le bilan périodique et le contrôle effectif.

Plus que jamais notre collectif reste vigilant et actif pour que ces populations fragiles soient accueillies dans des conditions dignes et humaines chez nous mais aussi pour qu’elles puissent bénéficier d’une intégration harmonieuse et transparente au sein de notre population et en particulier la population de la commune qui les accueillera. Une première réunion aura lieu en août et un premier bilan en octobre : nous serons présents !

Les centaines de citoyens haut-pyrénéens qui se sont mobilisés ces derniers jours contre le symbole odieux du "mur de la honte" sauront à tout moment rappeler à tous, institutionnels, politiques, gestionnaires de l’accueil, que la solidarité est une valeur à laquelle nul ne peut déroger sur le territoire des Hautes-Pyrénées. »

pour que ça change !

                                           * * * *

1 1. INTERACTIF Les murs anti-immigration à travers le monde

http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/INTERACTIF-Les-murs-anti-immigration-a-travers-le-monde-2015-07-10-1333326 Audrey Dufour, 10/07/2015

2 http://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/migrants-eurotunnel-inonde-des-terrains-pour-securiser-le-site-du-tunnel-sous-la-manche-903957.html

3 https://www.prechi-precha.fr/tarbes-murent-lentree-futur-centre-daccueil-migrants/

4 Vidéo de l’article de La Dépêche https://www.ladepeche.fr/article/2017/07/25/2617917-un-rassemblement-devant-le-mur-anti-migrants-pour-protester-demain.html

5 Même vidéo : 00:27 – 00:35

6 « “ On est pour l’accueil des migrants mais de façon digne, sur un territoire plus élargi où l’on ne met pas ensemble 85 personnes dans un même endroit.” »

7 http://www.cnrtl.fr/definition/dignité

8 « L’accès à un hôtel en cours de transformation en centre d’accueil pour migrants près de Tarbes a été muré lundi matin 24 juillet par des riverains qui protestent en particulier contre leur venue dans ce « quartier résidentiel », a-t-on appris de sources concordantes. » http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/07/24/hautes-pyrenees-des-riverains-murent-un-hotel-transforme-en-centre-d-accueil-pour-migrants_5164270_3224.html

9 idem

10 organisations signataires : Réseau Éducation Sans Frontières 65, Ligue des Droits de l’Homme Tarbes-Bagnères-Lannemezan, Cimade 65, Attac 65, CGT 65, FSU 65, Parti Communiste Français 65, France Insoumise 65, Nouveau Parti Anticapitaliste 65, Parti Socialiste 65, Ensemble ! 65, Europe Écologie Les Verts 65

autres organisations présentes : Amnesty International 65, Solidaires 65

11 « Cet hôtel Formule 1, appartenant au groupe AccorHotels, fait partie des 62 établissements premier prix de l’enseigne rachetés par la SNI (filiale de la Caisse des Dépôts) pour devenir des structures d’hébergement et d’accueil, gérées par Adoma (ex-Sonacotra). https://www.prechi-precha.fr/tarbes-murent-lentree-futur-centre-daccueil-migrants/ »

12 http://www.nrpyrenees.fr/article/2017/07/28/81588-collectif-semeac-communique.html

Publié le 28/07/2017

13 https://iaata.info/Adoma-remporte-le-marche-PRAHDA-et-prepare-l-apres-CAO-2034.html

« Relevant de l’article L. 744-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), le nouveau programme, connu sous le nom de PRAHDA (programme d’accueil et d’hébergement de demandeurs d’asile) vise sur le papier à proposer de « l’hébergement temporaire » […] Mais en pratique, un peu comme les CAO, il est très probable que les personnes y resteront plusieurs mois voire des années, étant donné que le logement à long terme normalement assuré dans les CADA (centres d’accueil de demandeurs d’asile) est fortement dysfonctionnel.»

lire à ce propos : https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/11/26/des-cao-au-prahda/

14 http://www.caissedesdepots.fr/andre-yche

15 https://iaata.info/Adoma-remporte-le-marche-PRAHDA-et-prepare-l-apres-CAO-2034.html

16 https://iaata.info/Adoma-remporte-le-marche-PRAHDA-et-prepare-l-apres-CAO-2034.html citant en [8] http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2016/11/08/la-france-se-prepare-a-expulser-plus-de-migrants_5027326_1654200.html

17 « Par Éric Normand, publié le 28 juillet 2017

Le préfet Eric Morvan et le responsable régional d’Adoma Michel Kessouari ont précisé ce jeudi les conditions d’accueil des demandeurs d’asile à l’ex-hôtel Formule 1. » http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2017/07/28/l-ex-formule-1-de-pau-accueillera-des-demandeurs-d-asile-en-septembre,2144384.php

18 CARTE DES CAMPS 2016, 6° édition

http://www.migreurop.org/article2746.html

19 www.ohchr.org/EN/UDHR/Documents/UDHR_Translations/frn.pdf

 

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA