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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Mediapart - 30/12/2016 - Emmanuel Riondé

Dans la région toulousaine, l’après-Calais est amer pour les migrants partis de la « jungle ». Isolés, floués par les lenteurs et les promesses non tenues de l’administration, certains envisagent de repartir dans le Nord.

Toulouse, correspondance -. Au regard de la trajectoire tumultueuse qui les a menés de leurs villages afghans à la « jungle » de Calais, le T3 bien chauffé et suffisamment équipé que Habib, 24 ans, Abdul, 21 ans, et Watan, 19 ans, occupent depuis fin octobre fait figure de véritable cocon. Il y fait bon. Il est calme et spacieux. Pourtant, quand il repasse sur son smartphone les vidéos – prises quelques jours avant le départ – des abris en flammes du camp de Calais, Abdul a comme un air d’« ostalgie » dans le regard. Au quatrième étage de leur petite barre d'immeuble, les trois hommes assurent qu'ils veulent désormais « rester ici », à Toulouse. Mais visiblement, le cœur n'y est pas. Ils se sont connus dans le bus qui, dans la nuit du 27 au 28 octobre dernier, les a déposés, avec 34 autres migrants, au Centre d'accueil et d'orientation (CAO) du quartier des Pradettes, zone du grand Mirail. D'ici, le Royaume-Uni, objectif initial, semble bien loin. Et ce n'est pas une simple histoire de kilomètres.

Le 22 décembre, environ 200 migrants et militants du réseau de solidarité étaient rassemblés devant la préfecture de Toulouse pour demander à l'État de « tenir sa promesse faite aux exilés de Calais ». Arrivé lors d'une précédente vague en mars, Ahmed, soudanais de 26 ans, raconte : « Quand nous sommes partis, les gens de l’Ofpra nous ont promis qu’il y aurait des solutions pour chacun de nous, dans n’importe quelle ville. Mais à Toulouse, ce n’est pas le cas. Ma femme et ma fille sont encore au Soudan. Je voudrais qu’elles puissent me rejoindre mais j’attends la réponse à ma demande d’asile depuis des mois. Pourquoi ? » La plupart l'assurent : ceux qui les ont fait monter dans les bus à Calais – des « agents de l’État » – ont juré que les situations administratives seraient vite réglées et que la procédure Dublin (le renvoi des migrants dans le premier pays de l'Union européenne où leur arrivée a été enregistrée – lire ici) ne serait pas appliquée. 

Manifestation de migrants le 22 décembre à Toulouse © ER 

La réalité est tout autre. « On leur a dit que Dublin c’est fini mais quand ils font leur demande d’asile à la préfecture, on relève leurs empreintes et si elles sont déjà répertoriées ailleurs, on demande à l’Italie ou la Grèce de les reprendre chez eux, confirme Julien Brel, de l'Association des avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE). C’est un mensonge d’État et une double trahison car il s’agit de personnes qui souhaitaient se rendre en Angleterre et qui, sur la foi des promesses qui leur ont été faites, ont changé de projet pour rester en France… » Face à la délégation des manifestants, la préfecture assure qu'il n'y a « jamais eu de promesses ». « Ils nous ont expliqué que des instructions écrites les contraignent à mettre la procédure Dublin en œuvre mais qu’elle ne s’accompagnera pas de contraintes, s'étonne Benjamin Francos, président de l'ADDE. Et quand on a demandé le sens d’une telle démarche, ils ont invoqué leur droit de réserve… »

Un positionnement illisible qui dévoile en fait le chaos logistique et administratif de la séquence. Le « schéma de mobilisation de places d'hébergement sur l'ensemble du territoire » (à l'exception de l'Île-de-France et la Corse) prévoyait l'accueil de 1 445 personnes en région Occitanie. Fin novembre, Michèle Lugrand, chargée de mission auprès du préfet de la Haute-Garonne, considérait que la région était à « plus de 950 personnes accueillies et au fil de l’eau, en fonction des départs, des places qui se libèrent, etc., on continue d’en accueillir ». Un mois plus tard, les départs, déplacements, nouvelles arrivées, « disparitions » et/ou « fugues » de mineurs n'ont cessé de se succéder. Pascal Chartrez, directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), parle de « centres d’accueil occupés à plus de 90 % » et de « projets d’ouverture de nouveaux CAO et CADA ». Ce qui est de toute façon inévitable dans une région déjà en tension sur l'hébergement d'urgence.

Créés en novembre 2015 (suite à une circulaire à retrouver ici), les CAO, ou « centres de répit », ont vocation à être des « sas humanitaires et administratifs » entre la « jungle » et l'obtention éventuelle du statut de demandeur d'asile qui, sous réserve de places disponibles, ouvre les portes des centres d'accueil de demandeurs d'asile (CADA). Les mineurs sont, eux, placés dans des CAOMI avant d'être réorientés, via une plateforme nationale gérée par la PJJ, vers des maisons d'enfants à caractère social (MECS) ou des foyers de protection de l'enfance. Les CAO et CAOMI sont des centres provisoires dont beaucoup devront rendre leurs bâtiments l'été prochain. En attendant, fin décembre, on comptait sept CAO sur l'ex-région Midi-Pyrénées et quatorze CAOMI pour toute la région Occitanie.

Les associations qui les gèrent – ADOMA, ANRAS, Cités du Secours catholique, Croix-Rouge et France Horizon dans la Haute-Garonne – sont censées accompagner les migrants dans leurs démarches administratives autant que dans celles du quotidien et de l'accès aux soins. « Dans le cadre de la convention avec l’État, nous touchons une subvention de 25 euros par personne et par jour, explique Mathias Beaufort, directeur de l'hébergement ADOMA sur Toulouse. Avec ça, on doit payer les loyers, les fluides (électricité, eau), les besoins primaires, mais aussi le fonctionnement de notre structure. ADOMA ne fait aucun profit sur ça, c’est une opération à somme nulle. »

Des moyens limités et qui l'ont été encore plus quand, fin octobre/début novembre, il s'est agi de réceptionner, au cœur de la nuit ou au petit matin, les bus arrivant de Calais. « On l’a su la veille au soir, raconte Marie-Hélène Baron, du CAO de Cazères, en Haute-Garonne. Soixante personnes allaient arriver à 4 heures du matin. Il y avait juste nous, le maire et le sous-préfet pour les accueillir. Vu la rapidité de la manœuvre, on a donné un appartement aux familles et regroupé les femmes isolées dans les autres T4 ou T5. Mais tout ça a été très mal organisé en amont par les services de l’État. »


« Sortir de la procédure Dublin »

 © ER
Nombre de celles et ceux qui s'étaient déclaré(e)s mineur(e)s ne l'étaient pas, ou inversement. Il a donc fallu redistribuer les arrivants et créer des CAOMI en urgence. À Lacaune, dans le Tarn, les 28 hommes soudanais d'abord arrivés ont été remplacés quinze jours plus tard par 35 mineures érythréennes, somaliennes et éthiopiennes tandis qu'un autre centre voisin en accueillait 17 au profil similaire. Toutes souhaitaient partir en Angleterre. Les Anglais en ont finalement accueilli 22.

« Quand la décision est tombée, ça a été dur, souligne Jean-Michel Fedon, directeur départemental de la cohésion sociale à la préfecture du Tarn : il y a eu des larmes, beaucoup de tristesse. » Parmi les restantes, cinq ont « fugué », et les 25 autres sont aujourd'hui rassemblées à Lacaune, en attendant la suite. Le 15 décembre, à Réalville, dans le Tarn-et-Garonne, 19 mineurs se sont mis en grève de la faim pour demander une accélération des démarches administratives.

Pour le réseau de solidarité, ces situations sont rendues encore plus difficiles et douloureuses par la « stratégie de dispersion » des autorités. En défaisant une « jungle » indigne, l'État en a profité pour « briser les réseaux de solidarité et les fonctionnements collectifs » construits dans la lande, déplore P., jeune militante du collectif de soutien aux migrants. De fait, non mixtes et séparant les mineurs des majeurs (sauf les familles et les mères isolées avec enfants), les CAO sont aussi satellisés en périphérie : de quartiers excentrés toulousains en petites villes et/ou gros villages en milieu rural – Cazères, Haute-Garonne, 5 000 habitants, Lacaune, Tarn, 2 500 habitants, Perles et Castelet, Ariège, 250 habitants, etc.

Autant de lieux où, si les migrants apprécient de se retrouver dans des conditions de logement plus dignes et sûres qu'à Calais, l'isolement s'ajoute à la pesanteur des incertitudes administratives. À Cazères, Rezaee, kurde iranienne de trente ans, attend d'avoir les autorisations qui lui permettront de rejoindre son mari en Angleterre. « J’ai donné tous les papiers à la préfecture, quinze jours après je n’ai toujours pas de réponse et ils n’ont même pas encore établi le lien avec les autorités britanniques », s'étonne-t-elle. Certaine qu'elle finira par rejoindre son homme, elle est cependant (encore) sereine. Ce n'est pas le cas de toutes les femmes. « Elles sont dans des situations difficiles, en attente, fatiguées, nerveuses, témoigne Marie-Hélène Baron. Il y a une quinzaine de jours, deux d’entre elles se sont battues à coups de ciseaux pour des broutilles, ça a été sévère, l'une a dû se faire poser onze points de suture. »

À l’extérieur, malgré les rumeurs propagées parfois même avant leur arrivée, aucun incident n’a été signalé. Et souvent, la solidarité s’est faite discrète mais a fonctionné : cours de français assurés par des bénévoles, dons de vêtements, paniers d’Amap et meubles à prix d’amis, etc. Des mobilisations citoyennes et/ou associatives qui doivent généralement assez peu aux municipalités qui communiquent au minimum sur l’accueil des migrants.

En octobre dernier, des élus faisaient part de leur manque d'enthousiasme. À Lacaune, le maire (DVD) Robert Bousquet assume : « On n’a pas le choix puisqu’il s’agit de bâtiments appartenant à l’État. » Presque à regret, il reconnaît que « ça s’est bien passé, même si les administrés ont toujours une crainte de recevoir les migrants, hein… Certains sont venus me dire qu’on en fait déjà beaucoup pour eux et qu’on n’allait pas en plus les laisser aller à la piscine. Je n’ai pas d’état d’âme : les migrants à la piscine, c’est perturbateur dans la tête des gens. Les filles n’iront pas à la piscine, c’est comme ça. » Quand la gestion erratique de l'après-Calais met aussi en lumière les ressorts de la solidarité la plus humble jusqu'au racisme le plus étriqué…

Pour certains, l'espoir demeure, malgré tout. Omar, syrien de 28 ans, sa femme Zinab et leurs deux fils Adel, 3 ans, né à Damas avant le départ et Mohamed, petit Toulousain de 6 mois, veulent rester dans ce pays « bon pour les femmes, les enfants, le travail et les droits humains ». Arrivé par l'Espagne, il y a un an, il voudrait juste « sortir de la procédure Dublin », répète-t-il, un peu colère. Il y croit encore. D'autres beaucoup moins. Quand, le 22 décembre, devant la préfecture de Toulouse, Ahmed a pris le mégaphone pour s'adresser, en anglais, à ses camarades d'infortune, il a proposé une autre destination que la piscine de Lacaune : « Si nous n’avons pas l’aide nécessaire ici, nous repartirons demain à Calais ! »

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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