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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediapart - 30/12/2016 - Emmanuel Riondé

Dans la région toulousaine, l’après-Calais est amer pour les migrants partis de la « jungle ». Isolés, floués par les lenteurs et les promesses non tenues de l’administration, certains envisagent de repartir dans le Nord.

Toulouse, correspondance -. Au regard de la trajectoire tumultueuse qui les a menés de leurs villages afghans à la « jungle » de Calais, le T3 bien chauffé et suffisamment équipé que Habib, 24 ans, Abdul, 21 ans, et Watan, 19 ans, occupent depuis fin octobre fait figure de véritable cocon. Il y fait bon. Il est calme et spacieux. Pourtant, quand il repasse sur son smartphone les vidéos – prises quelques jours avant le départ – des abris en flammes du camp de Calais, Abdul a comme un air d’« ostalgie » dans le regard. Au quatrième étage de leur petite barre d'immeuble, les trois hommes assurent qu'ils veulent désormais « rester ici », à Toulouse. Mais visiblement, le cœur n'y est pas. Ils se sont connus dans le bus qui, dans la nuit du 27 au 28 octobre dernier, les a déposés, avec 34 autres migrants, au Centre d'accueil et d'orientation (CAO) du quartier des Pradettes, zone du grand Mirail. D'ici, le Royaume-Uni, objectif initial, semble bien loin. Et ce n'est pas une simple histoire de kilomètres.

Le 22 décembre, environ 200 migrants et militants du réseau de solidarité étaient rassemblés devant la préfecture de Toulouse pour demander à l'État de « tenir sa promesse faite aux exilés de Calais ». Arrivé lors d'une précédente vague en mars, Ahmed, soudanais de 26 ans, raconte : « Quand nous sommes partis, les gens de l’Ofpra nous ont promis qu’il y aurait des solutions pour chacun de nous, dans n’importe quelle ville. Mais à Toulouse, ce n’est pas le cas. Ma femme et ma fille sont encore au Soudan. Je voudrais qu’elles puissent me rejoindre mais j’attends la réponse à ma demande d’asile depuis des mois. Pourquoi ? » La plupart l'assurent : ceux qui les ont fait monter dans les bus à Calais – des « agents de l’État » – ont juré que les situations administratives seraient vite réglées et que la procédure Dublin (le renvoi des migrants dans le premier pays de l'Union européenne où leur arrivée a été enregistrée – lire ici) ne serait pas appliquée. 

Manifestation de migrants le 22 décembre à Toulouse © ER 

La réalité est tout autre. « On leur a dit que Dublin c’est fini mais quand ils font leur demande d’asile à la préfecture, on relève leurs empreintes et si elles sont déjà répertoriées ailleurs, on demande à l’Italie ou la Grèce de les reprendre chez eux, confirme Julien Brel, de l'Association des avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE). C’est un mensonge d’État et une double trahison car il s’agit de personnes qui souhaitaient se rendre en Angleterre et qui, sur la foi des promesses qui leur ont été faites, ont changé de projet pour rester en France… » Face à la délégation des manifestants, la préfecture assure qu'il n'y a « jamais eu de promesses ». « Ils nous ont expliqué que des instructions écrites les contraignent à mettre la procédure Dublin en œuvre mais qu’elle ne s’accompagnera pas de contraintes, s'étonne Benjamin Francos, président de l'ADDE. Et quand on a demandé le sens d’une telle démarche, ils ont invoqué leur droit de réserve… »

Un positionnement illisible qui dévoile en fait le chaos logistique et administratif de la séquence. Le « schéma de mobilisation de places d'hébergement sur l'ensemble du territoire » (à l'exception de l'Île-de-France et la Corse) prévoyait l'accueil de 1 445 personnes en région Occitanie. Fin novembre, Michèle Lugrand, chargée de mission auprès du préfet de la Haute-Garonne, considérait que la région était à « plus de 950 personnes accueillies et au fil de l’eau, en fonction des départs, des places qui se libèrent, etc., on continue d’en accueillir ». Un mois plus tard, les départs, déplacements, nouvelles arrivées, « disparitions » et/ou « fugues » de mineurs n'ont cessé de se succéder. Pascal Chartrez, directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), parle de « centres d’accueil occupés à plus de 90 % » et de « projets d’ouverture de nouveaux CAO et CADA ». Ce qui est de toute façon inévitable dans une région déjà en tension sur l'hébergement d'urgence.

Créés en novembre 2015 (suite à une circulaire à retrouver ici), les CAO, ou « centres de répit », ont vocation à être des « sas humanitaires et administratifs » entre la « jungle » et l'obtention éventuelle du statut de demandeur d'asile qui, sous réserve de places disponibles, ouvre les portes des centres d'accueil de demandeurs d'asile (CADA). Les mineurs sont, eux, placés dans des CAOMI avant d'être réorientés, via une plateforme nationale gérée par la PJJ, vers des maisons d'enfants à caractère social (MECS) ou des foyers de protection de l'enfance. Les CAO et CAOMI sont des centres provisoires dont beaucoup devront rendre leurs bâtiments l'été prochain. En attendant, fin décembre, on comptait sept CAO sur l'ex-région Midi-Pyrénées et quatorze CAOMI pour toute la région Occitanie.

Les associations qui les gèrent – ADOMA, ANRAS, Cités du Secours catholique, Croix-Rouge et France Horizon dans la Haute-Garonne – sont censées accompagner les migrants dans leurs démarches administratives autant que dans celles du quotidien et de l'accès aux soins. « Dans le cadre de la convention avec l’État, nous touchons une subvention de 25 euros par personne et par jour, explique Mathias Beaufort, directeur de l'hébergement ADOMA sur Toulouse. Avec ça, on doit payer les loyers, les fluides (électricité, eau), les besoins primaires, mais aussi le fonctionnement de notre structure. ADOMA ne fait aucun profit sur ça, c’est une opération à somme nulle. »

Des moyens limités et qui l'ont été encore plus quand, fin octobre/début novembre, il s'est agi de réceptionner, au cœur de la nuit ou au petit matin, les bus arrivant de Calais. « On l’a su la veille au soir, raconte Marie-Hélène Baron, du CAO de Cazères, en Haute-Garonne. Soixante personnes allaient arriver à 4 heures du matin. Il y avait juste nous, le maire et le sous-préfet pour les accueillir. Vu la rapidité de la manœuvre, on a donné un appartement aux familles et regroupé les femmes isolées dans les autres T4 ou T5. Mais tout ça a été très mal organisé en amont par les services de l’État. »


« Sortir de la procédure Dublin »

 © ER
Nombre de celles et ceux qui s'étaient déclaré(e)s mineur(e)s ne l'étaient pas, ou inversement. Il a donc fallu redistribuer les arrivants et créer des CAOMI en urgence. À Lacaune, dans le Tarn, les 28 hommes soudanais d'abord arrivés ont été remplacés quinze jours plus tard par 35 mineures érythréennes, somaliennes et éthiopiennes tandis qu'un autre centre voisin en accueillait 17 au profil similaire. Toutes souhaitaient partir en Angleterre. Les Anglais en ont finalement accueilli 22.

« Quand la décision est tombée, ça a été dur, souligne Jean-Michel Fedon, directeur départemental de la cohésion sociale à la préfecture du Tarn : il y a eu des larmes, beaucoup de tristesse. » Parmi les restantes, cinq ont « fugué », et les 25 autres sont aujourd'hui rassemblées à Lacaune, en attendant la suite. Le 15 décembre, à Réalville, dans le Tarn-et-Garonne, 19 mineurs se sont mis en grève de la faim pour demander une accélération des démarches administratives.

Pour le réseau de solidarité, ces situations sont rendues encore plus difficiles et douloureuses par la « stratégie de dispersion » des autorités. En défaisant une « jungle » indigne, l'État en a profité pour « briser les réseaux de solidarité et les fonctionnements collectifs » construits dans la lande, déplore P., jeune militante du collectif de soutien aux migrants. De fait, non mixtes et séparant les mineurs des majeurs (sauf les familles et les mères isolées avec enfants), les CAO sont aussi satellisés en périphérie : de quartiers excentrés toulousains en petites villes et/ou gros villages en milieu rural – Cazères, Haute-Garonne, 5 000 habitants, Lacaune, Tarn, 2 500 habitants, Perles et Castelet, Ariège, 250 habitants, etc.

Autant de lieux où, si les migrants apprécient de se retrouver dans des conditions de logement plus dignes et sûres qu'à Calais, l'isolement s'ajoute à la pesanteur des incertitudes administratives. À Cazères, Rezaee, kurde iranienne de trente ans, attend d'avoir les autorisations qui lui permettront de rejoindre son mari en Angleterre. « J’ai donné tous les papiers à la préfecture, quinze jours après je n’ai toujours pas de réponse et ils n’ont même pas encore établi le lien avec les autorités britanniques », s'étonne-t-elle. Certaine qu'elle finira par rejoindre son homme, elle est cependant (encore) sereine. Ce n'est pas le cas de toutes les femmes. « Elles sont dans des situations difficiles, en attente, fatiguées, nerveuses, témoigne Marie-Hélène Baron. Il y a une quinzaine de jours, deux d’entre elles se sont battues à coups de ciseaux pour des broutilles, ça a été sévère, l'une a dû se faire poser onze points de suture. »

À l’extérieur, malgré les rumeurs propagées parfois même avant leur arrivée, aucun incident n’a été signalé. Et souvent, la solidarité s’est faite discrète mais a fonctionné : cours de français assurés par des bénévoles, dons de vêtements, paniers d’Amap et meubles à prix d’amis, etc. Des mobilisations citoyennes et/ou associatives qui doivent généralement assez peu aux municipalités qui communiquent au minimum sur l’accueil des migrants.

En octobre dernier, des élus faisaient part de leur manque d'enthousiasme. À Lacaune, le maire (DVD) Robert Bousquet assume : « On n’a pas le choix puisqu’il s’agit de bâtiments appartenant à l’État. » Presque à regret, il reconnaît que « ça s’est bien passé, même si les administrés ont toujours une crainte de recevoir les migrants, hein… Certains sont venus me dire qu’on en fait déjà beaucoup pour eux et qu’on n’allait pas en plus les laisser aller à la piscine. Je n’ai pas d’état d’âme : les migrants à la piscine, c’est perturbateur dans la tête des gens. Les filles n’iront pas à la piscine, c’est comme ça. » Quand la gestion erratique de l'après-Calais met aussi en lumière les ressorts de la solidarité la plus humble jusqu'au racisme le plus étriqué…

Pour certains, l'espoir demeure, malgré tout. Omar, syrien de 28 ans, sa femme Zinab et leurs deux fils Adel, 3 ans, né à Damas avant le départ et Mohamed, petit Toulousain de 6 mois, veulent rester dans ce pays « bon pour les femmes, les enfants, le travail et les droits humains ». Arrivé par l'Espagne, il y a un an, il voudrait juste « sortir de la procédure Dublin », répète-t-il, un peu colère. Il y croit encore. D'autres beaucoup moins. Quand, le 22 décembre, devant la préfecture de Toulouse, Ahmed a pris le mégaphone pour s'adresser, en anglais, à ses camarades d'infortune, il a proposé une autre destination que la piscine de Lacaune : « Si nous n’avons pas l’aide nécessaire ici, nous repartirons demain à Calais ! »

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Vite dit

20/11/2019 - Gouverner, c’est créer des numéros verts
Le gouvernement a trouvé la méthode universelle pour résoudre les problèmes d'accès aux services publics : créer un numéro d’appel.

Vous êtes un étudiant précaire qui n’arrive plus à s’en sortir ? La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a annoncé la création d'un numéro d'appel afin de mettre en relation les étudiants en difficulté financière avec une assistante sociale qui pourra … les informer.

Les urgences sont saturées ? La ministre de la Santé, Agnès Buzyn a annoncé la création d’un « numéro unique d'accès aux soins » qui vous aiguillera très certainement vers … les urgences.

Des soupçons de radicalisation ? Appelez le 0 800 005 696, vous pourrez y dénoncer votre voisin barbu ou votre voisine voilée comme vous y a invité le président de la République.

Vous êtes réfugié et vous voulez déposer une demande d’asile ? Fini les longues files d’attente, vous pouvez désormais appeler une plateforme téléphonique de prise de rendez-vous (appel payant). Celle-ci est saturée et vous raccroche au nez 45 minutes et 5 euros plus tard ? Renouvelez votre appel (et payez) autant de fois que nécessaire (voir ici). Vous n’avez pu obtenir de rendez-vous dans les délais (raccourcis par la loi Asile et Immigration) ? Dommage, vous êtes désormais en situation irrégulière et vous serez expulsé car vous n’avez « plus rien à faire là » comme dit le président de la République.

Il fut un temps où les services publics fonctionnaient correctement. Après des années de coupes budgétaires pour compenser les baisses d’impôts pour les grandes entreprises et les plus fortunés, les dysfonctionnements se multiplient alors que les besoins augmentent en raison d’une plus grande précarité.

La solution serait-elle de redonner des moyens aux services publics et de prendre des mesures pour réduire la précarité ? Non, vous n’y êtes pas du tout. La solution, c’est de créer un numéro d’appel en amont des services publics déficients pour vous faire patienter. A moins que ce ne soit pour vous faire comprendre comment vous en passer.

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22/10/2019 - C'est l'histoire d'une famille, et plus particulièrement d'un papa qui n'a pas les papiers pour vivre sur le territoire français. C'est surtout  l'image de notre société, de notre façon de vivre, de notre indifférence qui est évoquée ici.  "Ici",  c'est le palais de justice de Toulouse, mais ce pourrait être celui de Nantes ou de Paris,  puisque les récits entendus sont similaires. Le début de la mésaventure de ce papa se situe à proximité d'un centre commercial, et plus précisément à côté du conteneur poubelle, l'endroit où sont jetés les produits périmés invendables.  Endroit convoité par tous les sans droits de nos sociétés. Endroit choisi par la police pour guetter ceux qui oseraient " voler" les déchets et les invendus divers.  Ce papa n'a pas été pris la main dans la poubelle, on l'a juste suspecté de vouloir le faire.  Pour cela il a été interpellé, arrêté, incarcéré en centre de rétention, séparé de sa femme et de ses 4 enfants. Heureusement, le juge aujourd'hui a décidé de le remettre en liberté suite à des irrégularités de procédure.
Quoi qu'il en soit, la réalité reste: nous vivons dans un monde de bêtes féroces où ceux qui peuvent consomment aveuglément et sans limites laissant les autres à la rue, avec comme seule pitance les déchets des poubell
es, qui de surcroit leur sont interdits.

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23/9/2019 - D’où viennent les « migrants économiques » ?
(Citation extraite d’un article de Toni Morrison publié en mars 2015 par l’hebdomadaire The Nation)

"Pendant la majeure partie des cinq derniers siècles, l’Afrique a été considérée comme pauvre, désespérément pauvre, en dépit du fait qu’elle est outrageusement riche en pétrole, or, diamants, métaux précieux, etc. Mais comme ces richesses n’appartiennent pas en grande partie à ceux qui y ont vécu toute leur vie, elles sont restées dans l’esprit de l’Occident dignes de dédain, de douleur et, bien sûr, de pillage. Nous oublions parfois que le colonialisme était et est toujours une guerre, une guerre pour contrôler et posséder les ressources d’un autre pays, c’est-à-dire l’argent. Nous pouvons aussi nous leurrer en pensant que nos efforts pour « civiliser » ou « pacifier » d’autres pays ne sont pas une question d’argent. L’esclavage a toujours été une question d’argent: du travail gratuit produisant de l’argent pour les propriétaires et les industries. Les « travailleurs pauvres » et les « pauvres sans emploi » contemporains sont comme les richesses dormantes de « l’Afrique coloniale la plus sombre » – disponibles pour le vol des salaires et le recel des biens, et appartenant à des entreprises métastatiques qui étouffent les voix dissidentes."

À la lumière de ce texte, qui décrit une réalité incontestable, qui peut dès lors prétendre être surpris que des milliers de personnes décident d'abandonner leurs vies, leurs familles, leur histoire pour chercher une vie meilleure ailleurs?
Qui peut dès lors, la main sur le cœur, prétendre que c'est nous, les pays du "premier monde", qui sommes "injustement envahis" par des hordes de "profiteurs parasites" alors que seule une toute petite partie de ces exilé.e.s s'installent dans nos pays?
Qui peut dès lors leur refuser le droit de chercher une vie meilleure, dont nous les avons privés dans leurs propres pays?

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15/9/2019 - On parle d’État de droit ou des tas de droits ?
Suite à nos protestations sur l’expulsion collective de familles de Géorgiens au début de l’été, le préfet de la Côte d’Or nous précise que « La politique migratoire conduite par le Ministère de l’Intérieur et que je mets en oeuvre /…/ est une politique équilibrée qui s'inscrit dans la stricte application de la loi et de l'État de droit. L’État de droit ne saurait être divisible : c'est l’État de droit qui instruit avec rigueur, discernement et humanité /.../ c'est aussi ce même État de droit qui éloigne des étrangers en situation irrégulière ».
Se réfugier ainsi sous le parapluie des tas de droit que nos dirigeants s’évertuent à complexifier chaque fois plus pour interdire tout accès au séjour des étrangers ou pour transformer des problèmes administratifs en délit pénal en prononçant des interdictions de territoire et ainsi transformer la rétention en détention est la marque d’une dérive continue vers une perte de valeur.
Il n’est pas fortuit que la nouvelle Commission européenne change le nom de l'ancien portefeuille lié au droit d'asile, "Migrations, Affaires intérieures & Citoyenneté" par "Protection du mode de vie européen" en omettant ainsi l'essentiel qui serait de « Protéger nos valeurs européennes ».

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Brutalité policière15/9/2019 - Les policiers sont-ils des êtres humains comme les autres ?
Vous recevez chez vous un couple et la dame se déplace difficilement avec des béquilles. Ils doivent partir, mais vous ne pouvez pas quitter votre domicile. Il n’est pas possible d’appeler un taxi et il n’y a pas de transports en commun. En revanche, vous savez que vos voisins sont sur le point de s’en aller. Il semble tout à fait normal que vous fassiez appel à eux pour leur demander s’ils peuvent raccompagner le couple.
Dans notre cas, nous étions une vingtaine de voisins rassemblés devant le Centre de Rétention de Cornebarrieu, isolé au milieu des pistes de l’aéroport, et nous allions quitter les lieux vers 13h00. Dans le même temps les policiers du Centre finalisaient les formalités administratives pour faire sortir un couple indien dont la dame marchait difficilement avec des béquilles et qui venait d’être libéré par le Tribunal Administratif.
Et bien que croyez-vous qu’il arriva ?
Aucun policier n’a pris l’initiative de nous prévenir et les personnes ont été mises dehors vers 13h30, au moment où ni la Cimade ni personne d’autre ne pouvait les aider.
Est-ce que le port de l’uniforme empêche d’avoir un minimum d’humanité ?

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15/7/2019 - L'esclavage, mauvaise surprise ou politique économique officieuse ?
La France accueille de nombreuses personnes étrangères fuyant des guerres ou cherchant une vie meilleure. Elles sont motivées, le travail ne leur fait pas peur, mais, sans papiers, elles ne peuvent travailler n'importe où et dans n'importe quoi. Malgré tout, certaines réussissent à trouver un travail saisonnier, difficile et mal payé, mais un travail quand même.
Mme D. fait partie de ceux-là. Elle a trouvé du travail au Château de Plaimont. En situation de faiblesse, n'ayant pas de papiers, son employeur n'a pas trouvé utile de lui établir un contrat de travail comme la loi l’exige.
Quand Mme D. arrête son travail et demande à être payée, son employeur lui rétorque une fin de non-recevoir. Cet employeur a profité de la situation de faiblesse administrative de Mme D., sans papiers et constamment sous la menace d'une expulsion, pour la traiter comme une esclave.
Ce serait déjà extrêmement grave si c'était un cas isolé, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Des employeurs sans scrupules, se sachant presque intouchables, profitent régulièrement de personnes faibles pour les exploiter puis empocher le fruit de leur travail. L'OFII (Office français d'Immigration et d'Intégration) a la responsabilité de récupérer ces sommes pour le compte de ces travailleurs, mais rares sont les étrangers qui savent ça, et encore plus rares ceux qui demandent à l'OFII de le faire, et les employeurs comptent là-dessus.
Pour ma part, tout le vin produit par le Chateau de Plaimont a tourné, lui donnant un arrière-goût d'esclavage insupportable.
Pour en savoir plus lisez ceci.

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2/7/2019 - La fin d'une vie, la fin d'un rêve
Difficile d'imaginer l'état de désespoir dans lequel doit se trouver une personne pour décider de mettre fin à ses jours.
Quand de surcroit cette personne est un jeune mineur, qui par définition a toute sa vie devant lui pour se remettre des accidents de la vie et se construire un futur digne, aucune excuse, aucun prétexte ni aucune explication ne peuvent dédouaner les responsables.
X, jeune mineur étranger isolé de 17 ans, placé conformément à la loi sous la protection de l'État, décide de mettre fin à ses jours. Hébergé dans une chambre d'hôtel lugubre, abandonné par l'État sans suivi, ni accompagnement, ni éducation, avec juste le nécessaire pour s'acheter un ou deux repas simples par jour, n'a plus pu le supporter et est passé à l'acte.
La phrase tant répétée par nos dirigeants : "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" perd ici tout son sens, et laisse apparaître à la vue de tout le monde le cynisme et l'hypocrisie d'une politique migratoire inhumaine qui, s'appuyant sur des considérations de confort économique, ou pire encore, électorales, trahi les valeurs fondamentales de la République, et viole les conventions internationales des droits de l'homme et des enfants que la France a signées.
L'État avait la responsabilité de la sécurité et du bien être de ce jeune, mais elle l'a abandonné, le laissant sombrer dans le désespoir. L'État et ses dirigeants doivent rendre des comptes. Ne rien faire signifierait que la France considère la mort inutile et injustifiable d'un jeune mineur comme un simple fait divers, et cela signifierait officiellement la fin de la "France, pays des droits de l'homme".
Pour en savoir plus, lisez ceci.

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29/6/2019 - Voyage dans le temps.
Je lisais un article, à priori d'actualité, mais les mots qui ressortaient : rafle, expulsion collective, familles déchirées, rétention, transports en charter, m'ont fait douter. Est-ce un article historique de la 2e guerre mondiale ? Incrédule, je regarde la date de l'article. Eh ben non ! Il s'agit bien d'un article d'actualité qui parle d'une action de l'état visant à se débarrasser rapidement d'un grand nombre de personnes n'ayant pas encore obtenu un titre de séjour en France. Je croyais faire un mauvais rêve !
L'État pense avoir trouvé un moyen "efficace" pour se débarrasser rapidement des personnes qu'il considère indésirables ? Efficace, peut-être, mais outre l'inhumanité de cette action consistant à expulser de personnes vulnérables vers un pays, la Géorgie, qui est loin d'être un pays sûr, elle est aussi illégale. Illégale parce que les expulsions collectives sont prohibées en vertu de l'article IV du protocole 4 à la Convention européenne des droits de l’homme. Illégale parce que parmi les personnes mises en rétention il y avait des enfants, ce qui est contraire à toutes les conventions internationales des droits des enfants signées par la France. Mais ce n'est pas tout. Cette opération a été exécutée sans qu'aucun juge ne soit saisi, et "pour un certain nombre de cas, avant que le juge administratif n’ait statué sur la légalité des obligations de quitter le territoire français prononcées à l’encontre de ces demandeurs d’asile".
ATTENTION ! "Efficacité" peut peut-être rimer avec économies, mais aussi avec totalitarisme.
Pour en savoir plus, lisez ici et ici.

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rencontre Karine Parrot 3 juin 2019 banniereKarine PARROT
«Carte blanche, l'État contre les étrangers»

Le 3 juin 2019 le Cercle des Voisins a invité Karine PARROT à l'occasion de la parution de son livre «Carte blanche, l'État contre les étrangers».
Nous vous proposons ici les vidéos et bandes sonores réalisés lors des séances.

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