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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Basta - Louis Chahuneau - 26/10/2020

Le nouveau maire Les Républicains de Briançon avait décidé de fermer le refuge au plus tard le 28 octobre. Ouvert depuis trois ans, ce refuge accueille les exilés qui prennent le risque de franchir la frontière franco-italienne. Face à la mobilisation massive, l’édile vient de renoncer à toute expulsion avant six mois.

C’est une petite maison sur deux étages coincée entre un conservatoire de musique, une boulangerie bio et la gare de Briançon. Dans la cour, un abri de jardin et quelques chaises en bois, disposées en rang d’oignon. Au rez-de-chaussée, à côté de la porte, trône une fresque montrant une main empoignant des barbelés. Depuis trois ans, le refuge solidaire de Briançon dans les Hautes-Alpes sert de point d’accueil aux migrants qui traversent la frontière franco-italienne, par le col de Montgenèvre (1850 m) ou de l’Échelle (1762 m).

Depuis qu’elle a signé la convention d’occupation du bâtiment, en juillet 2017, avec la communauté de commune du Briançonnais (CCB), l’association qui tient le refuge a décompté 10 000 passages. Ces derniers mois, les Africains de l’Ouest et Maghrébins, ont fait place à des Iraniens et des Afghans, parfois des familles avec enfants. Beaucoup arrivent par leurs propres moyens au refuge, dont la réputation n’est plus à faire. Parfois, des maraudeurs Briançonnais les récupèrent à la frontière et les ramènent*

Une jauge d’accueil revue à la hausse

À l’origine, l’intercommunalité avait prévu une jauge de 15 personnes maximum par jour, mais les vagues migratoires ont eu raison des règles : « On n’a jamais pu respecter cette limite. On a tout de suite été dépassés avec parfois 60 arrivées d’un coup », témoigne Philippe Wyon, cofondateur du refuge. Ce retraité à la barbe grisonnante et aux yeux bleus raconte la tradition d’accueil des montagnards, la solidarité des habitants, les difficultés d’accueillir autant de gens, mais aussi l’opération du groupe d’extrême droite Génération identitaire en avril 2018 au col de l’Échelle [1].

refuge briancon2Philippe Wyon, cofondateur du refuge solidaire à Briançon. © Louis Chahuneau

D’après le militant d’extrême droite Damien Rieu, l’opération « Defend Europe » avait pour objectif de « dissuader les migrants de rentrer en France ». C’est visiblement raté. Depuis cet été, le nombre de passages a explosé : 350 en août, à peu près autant en septembre. Ce qui a poussé la préfecture à rehausser la jauge d’accueil du refuge à 35 personnes en septembre [2]. Mais un autre danger menace les exilés : le nouveau maire de Briançon, Arnaud Murgia (LR), décide de fermer le refuge solidaire.

Un nouveau maire qui n’a jamais caché sa volonté de fermer le refuge

Le 26 août, celui qui préside aussi la Communauté de communes du Briançonnais met en demeure par courrier l’association de libérer le bâtiment au plus tard le 28 octobre pour « graves négligences dans la gestion des locaux et de leurs occupants ». Officiellement, les normes de sécurité ne seraient pas respectées : « On se retrouvait avec des gens qui dormaient dans la pièce de la chaudière », s’indignait le maire au micro de la radio locale Alpes 1 [3], le 30 septembre. La plupart des élus y voient une volonté politique anti-migrants. « Il n’a jamais caché son souhait de fermer le refuge, mais il se sert de cette occasion pour arriver à ses fins », déplore Thomas Schwarz, conseiller municipal sur la liste sans étiquette "Briançon d’abord". « Il se cache derrière la crise sanitaire, la non-prolongation du bail, l’insécurité liée au trop plein du refuge », ajoute l’élu.

De son côté, Arnaud Murgia, dont l’équipe n’a pas souhaité s’exprimer, met en cause l’ancien maire, Gérard Fromm (ex-PS) : « Mes prédécesseurs avaient douze mois pour prolonger la convention d’occupation, mais ils ne l’ont pas fait, pour des raisons de sécurité ou des raisons politiques, ça je ne sais pas ». Interrogé, Gérard Fromm, à l’origine du projet, botte en touche : « Je n’ai pas voulu la prolonger car on m’aurait accusé d’avoir forcé la main de mon successeur. J’aurais été réélu, je l’aurais resignée. » Trop tard.

« Quand les gens arrivent ici, ils ont l’impression d’être au paradis »

En cette fraîche matinée d’octobre, les pensionnaires du refuge se reposent ou fument une cigarette devant la maison. La plupart d’entre-eux ont traversé la Méditerranée sur des embarcations qui flottaient à peine, ont été détroussés par des passeurs dans les Balkans ou frappés par des policiers. Tous savent qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines. Mi-octobre, une vingtaine de migrants ont été arrêtés par la police aux frontières (PAF) à la gare de Briançon, alors qu’ils s’apprêtaient à prendre le train pour aller déposer leur demande d’asile à Nice ou Marseille. Le département est dépourvu de structure du premier accueil des demandeurs d’asile (SPADA). Les abus sont fréquents dans cette zone. En juillet 2020, deux policiers de la PAF ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Gap pour des faits de violences et détournements de fonds sur des migrants commis en 2008.

Peshro, 26 ans, et son frère Peshawa, 29 ans, sont arrivés d’Italie, par le col de Montgenèvre, le 17 octobre. Ils viennent d’Iran. « Nous sommes partis hier soir et sommes arrivés ce matin à 5 h au refuge », raconte le plus jeune, dans un anglais très approximatif. Depuis leur départ d’Iran, ils disent avoir dépensé chacun 10 000 euros pour passer les frontières. Autant dire qu’ils n’ont pas l’habitude de voir des bénévoles se plier en quatre pour les accueillir dignement : « Quand les gens arrivent ici, ils ont l’impression d’être au paradis », raconte Joël, bénévole retraité de 69 ans.

refuge briancon3Deux frères iraniens, Peshro, 26 ans (à gauche), et son frère Peshawa, 29 ans (à droite), viennent d’arriver au refuge solidaire. © Louis Chahuneau

Une traversée extrêmement périlleuse

Le bâtiment est pourtant spartiate, avec des lits posés à même le sol, parfois dans le réfectoire. Ici, le mobilier vient d’Emmaüs ou de la Fondation Abbé Pierre, la nourriture est donnée par des restaurateurs solidaires, le linge est lavé par le service de blanchisserie de l’hôpital, tandis que Médecins du Monde assure la permanence de soin. « Ces derniers mois, on a eu beaucoup d’infections cutanées, de problèmes gastro-intestinaux, d’entorses, de tendinites », explique Cécilia, 31 ans, bénévole chez Médecins du Monde. Car la traversée de la frontière de nuit n’est pas sans danger, entre le froid, l’obscurité et les rondes de la police aux frontières.

Aziz, un berbère de 22 ans a mis plus de sept heures à passer le col, le tout en jean, pull et baskets : « Il y avait de la neige, et la police nous cherchait avec ses lampes torches », raconte celui qui a déjà perdu trois amis depuis les Balkans. Plusieurs migrants sont morts en tentant de passer la frontière franco-italienne ces dernières années. Certains en échappent de peu : en janvier 2016, Mamadou, un migrant malien de 27 ans a été amputé des deux pieds après avoir subi de graves gelures pendant sa traversée [4].

refuge briancon4

À l’intérieur du refuge solidaire. © Louis Chahuneau

La solidarité des habitants entretient l’espoir

Pour toutes ces raisons, personne ici n’imagine laisser les migrants livrés à eux-mêmes : « Si demain on refuse ces gens, ils vont traîner dans les rues, on va provoquer des choses qu’on n’a pas envie de voir », prévient Gérard Fromm, l’ancien maire. Deux mois après son élection, son successeur Arnaud Murgia semble déjà s’être mis une partie de la population à dos : « Je suis contre la fermeture », dit Claudine, une habitante du coin. Maud, fleuriste, « ne comprend pas bien cette décision ». Quant à Éric, propriétaire de la boulangerie voisine du refuge, il ne dit pas autre chose : « Où vous voulez-vous que ces gens aillent ? Où est-ce qu’ils vont dormir si on ne les héberge pas ? ». ONG et associations, ainsi que l’évêque de Gap, Xavier Malle, se sont mobilisés ces dernières semaines, multipliant communiqués et tribunes [5]. Près de 40 000 personnes ont signé une pétition à ce sujet.

« Personne n’a envie de voir un drame arriver cet hiver », souffle Aurélie Poyau, conseillère municipale d’opposition. Même la sous-préfète, Hélène Lestarquit, d’habitude sourde aux appels du refuge et qui n’a pas répondu à nos sollicitations, a envoyé un courrier à l’association, au grand étonnement de Joël : « Au moins, on existe à leurs yeux maintenant. Je serais prêt à remercier Arnaud Murgia d’avoir remis le sujet sur la table ».

Il y a quelques semaines, une commission composée d’élus et de représentants du refuge a été mise en place pour trouver des solutions. En réponse, le maire vient de s’engager par écrit à renoncer à toute expulsion avant six mois [6]. Le 15 octobre, un camion envoyé par l’intercommunalité est venu réapprovisionner la cuve de fuel du refuge. Le maire de Briançon regretterait-il son choix ? « Il a pris conscience que sa côte de popularité prendrait une bonne claque », estime l’élu Thomas Schwarz. En vue du printemps, l’association Tous Migrants précise que « des solutions de repli pérennes, avec l’aide d’ONG et de partenaires, sont à l’étude ». D’ici là, les locaux du refuge solidaire vont continuer à accueillir des exilés tout l’hiver.

{1Lire cet article du Parisien

[2] Voir le communiqué de presse de la préfecture des Hautes-Alpes

[4] Voir cet article de France info

[6] L’association Tous Migrants précise que le local maraudes - où est entreposé le matériel de secours en montagne aux exilés franchissant la frontière - reste quant à lui toujours menacé de fermeture en décembre 2020. Avec Médecins du Monde, ils viennent d’adresser au maire de Briançon un courrier commun demandant le maintien de ce lieu. Source

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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