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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : ACAT - 15/5/2020

Si la décision rendue ce 13 mai 2020 par la Cour d’appel de Lyon ne va pas jusqu’à remettre en question le système de l’asile en France, elle marque cependant une nouvelle victoire pour ceux qui s’engagent auprès des migrants et vient consolider le principe de fraternité tel que reconnu par le conseil constitutionnel en juillet 2018. C’est l’occasion pour l’ACAT de revenir sur une interview que Cédric Herrou nous avait accordé le 13 mars dernier, suite à l’audience.

La veille de son procès en appel, le 11 mars dernier, Cédric Herrou avait déclaré que ce procès ne serait pas uniquement celui de la solidarité : il exprimait alors l’espoir de voir naître un « procès de l’Asile, du respect de la Convention de Genève et de la libre circulation des personnes en demande de protection internationale dans l’Espace Schengen »[1]

La cour d’appel de Lyon s’est prononcée le 13 mai 2020 en faveur d’une relaxe de Cédric Herrou qui était jugé pour « aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irrégulier d’étrangers en France », mettant fin à un vrai marathon judiciaire qui durait depuis plus de trois ans.

Son affaire avait été renvoyée devant la Cour d’appel de Lyon après une première condamnation par la Cour d’appel d’Aix-en-Provence en 2017, qui l’avait reconnu coupable et prononcé une peine de quatre mois de prison avec sursis pour avoir facilité la circulation et le séjour de migrants et organisé un campement, confirmant une première condamnation prononcée par le Tribunal de grande instance de Nimes rendue quelques mois plus tôt.

Il avait alors soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) examinée par le Conseil Constitutionnel, qui s’était prononcé en sa faveur. Les Sages avaient considéré que l’exemption pénale devait s’appliquer aux actes visant à faciliter, la circulation et le séjour des personnes en situation irrégulière en France lorsque ces actes sont réalisés dans un but humanitaire, sans contrepartie directe ou indirecte (l’aide à l’entrée sur le territoire restant pénalement répréhensible). La décision du 6 juillet 2018 consacrait le principe de fraternité, le reconnaissant comme un principe à valeur constitutionnelle, ce qui constituait une première.

La question du caractère humanitaire des actions menées par Cédric Herrou en faveur des migrants dans la Vallée de la Roya était au cœur du procès du 11 mars devant la cour d’appel de Lyon. Voici ce qu’il déclarait à l’ACAT deux jours après cette audience lorsque nous l’interrogions :

Q. : Lors de votre procès, le parquet général avait requis entre 8 et 10 mois de prison avec sursis, soit une aggravation par rapport à votre condamnation à 4 mois de prison avec sursis en 2017 et alors que le principe de fraternité a depuis été consacré par le Conseil Constitutionnel. Comment l’expliquez-vous ?

Le parquet m’a reproché de ne pas avoir agi sur le plan humanitaire. On peut bénéficier de l’immunité si l’acte a été réalisé dans un but humanitaire. Le parquet a dit qu’ Herrou est un politique, un idéologue et non un humanitaire. L’avocat général dit qu’on n’a pas besoin de Cédric Herrou car les mineurs isolés étrangers sont pris en charge et la demande d’asile est effective, donc il n’y a aucun danger et il n’y a pas besoin d’une action humanitaire. En réponse aux accusations portées par l’avocat général, nous avons expliqué que c’est bien parce que l’État met lui-même en danger les gens que l’action humanitaire est essentielle. Le problème qui se pose lors de ce procès c’est que si je gagne, cela revient à dire que si j’ai agi en tant que dissident contre l’État c’est bien parce que l’État était défaillant.

 Q. : Quelle était votre ligne de défense ?

On m’a demandé de matérialiser l’infraction en prouvant que les personnes que je transportais étaient en situation irrégulière. Ma défense a été de dire qu’un demandeur d’asile ne peut être considéré comme étant en situation irrégulière dès lors qu’il est candidat à une protection internationale ou à la protection de l’enfance. En effet, le danger dans ce cadre c’est de dire : « attention, si vous voulez apporter une assistance à une personne en danger, il faut d’abord vérifier que la personne est en situation régulière ».

Imaginez qu’il y ait un accident dans la vallée de la Roya et qu’on trouve à l’avant de la voiture le conducteur inconscient qui est blanc, et à l’arrière des personnes de type africain. Le téléphone ne capte pas et je me dis : « est-ce-que je prends le risque de passer la frontière avec l’ensemble des personnes blessées ? ». D’après l’avocat général, un Noir à Vintimille est forcément en situation irrégulière. Ce que j’ai expliqué c’est que la situation administrative des gens n’est pas si simple que ça. Pour eux, l’immigration est forcément illégale. Or, un demandeur d’asile c’est une personne qui demande une protection internationale et ne peut donc être considérée comme étant en situation irrégulière. La France doit considérer la volonté de la personne de demander l’asile avant un éventuel renvoi.

D’ailleurs, j’irais plus loin : la situation administrative ne me regarde pas ; elle regarde le préfet, la police, le gendarme, mais le citoyen ça ne le regarde pas. Qu’est-ce-qui est le plus grave ? Que le message relayé à la population c’est « n’aidez pas ceux qui ont un faciès d’étranger », en risquant de ne pas porter une assistance aux personnes dans le besoin ? Quand il y a trois gamins seuls au bord de la route, on est obligé de les prendre. Ce n’est même pas un choix militant. La loi est claire : on se doit de protéger le gamin.

Le problème c’est surtout l’infraction d’aide au séjour irrégulier. Ce que la justice incrimine c’est le fait d’aider à séjourner irrégulièrement. Or, quand on fait du conseil juridique pour l’accès à la demande d’asile ou l’accès des mineurs isolés étrangers au dispositif de protection de l’enfance, on n’est pas sur de l’aide au séjour irrégulier ; bien au contraire, on les aide à se régulariser, donc l’infraction n’est pas caractérisée.

Q. : L’avocat général a indiqué que vous ne pouvez-vous substituer à l’État, en vous le reprochant par ailleurs, alors que dans le même temps, il me semble que les autorités locales ont mis en place une organisation au sein de laquelle vous jouez un rôle déterminant. Confirmez-vous que cette organisation a bien été mise place ? En quoi consiste-t-elle ? Et que penser, dans ce contexte, de l’argument de l’avocat général ?

Il y a un protocole officieux avec la gendarmerie et la préfecture. Quand j’ai quelqu’un, je leur envoie un  mail et ils me disent de passer le lendemain. On a forcé le département à venir chercher les gamins.

L’avocat général a dit que je ne pouvais pas me substituer à l’État et ce n’est pas ce que je cherche à faire, mais l’état de fait est bien là : un protocole s’est fait verbalement avec la gendarmerie et la préfecture et d’un autre côté on me reproche ce qu’on me demande. Je suis devenu un sous-préfet alternatif et d’ailleurs j’en ai parlé au juge lors de mon procès.

En 2017, à Vintimille, toutes les personnes qui voulaient déposer l’asile venaient chez moi, donc on s’est retrouvé à plus de 250 personnes chez moi et ce qui n’est pas normal c’est que si une personne ne parvient pas à arriver jusqu’à chez moi, elle se fait refouler en Italie. Pour qu’une personne puisse accéder à la demande d’asile, il fallait que la personne arrive jusque chez moi. C’est un jeu de loi où il y a les gendarmes qui sont autour de chez moi et qui empêchent les gens d’entrer. Ils leurs courent après avec des bombes lacrymogène, ils mettent des pièges, des fils de pêche et des clochettes, pour repérer par où ils passent, ils posent des caméras cachées, qui se déclenchent avec le mouvement, en toute illégalité. Par contre, ceux qui arrivent chez moi ont le droit de demander l’asile. Il y a eu cinq unités de gendarmerie mobile autour de chez moi pendant deux ans et on allait au tribunal administratif car le contrôle systématique c’est interdit, mise à part pour les postes frontière.

Q . : Justement, vous faites régulièrement référence aux pratiques illégales de l’État. Dans quelle mesure vous retrouvez-vous à pallier aux défaillances de l’État ou à des situations de non-droit ?

Le préfet ici a été condamné plus de 400 fois en 2019 pour entrave grave à la demande d’asile. Cela fait plus d’une fois par jour. Il y a également eu plus de 300 plaintes de personnes de la Roya pour délaissement de mineurs isolés étrangers. Le procureur n’a pas donné suite à ces plaintes.

Nos revendications sont que les personnes candidates à une protection internationale puissent faire une demande d’asile et que les mineurs isolés étrangers soient pris en charge. Il n’y a rien de révolutionnaire là-dedans. On demande simplement que l’État agisse en conformité avec les textes.

J’ai dit à l’avocat général : « vous savez, sur votre ponton, il y a marqué « Liberté, Égalité, Fraternité » et nous justement, la fraternité on la fait vivre, et là vous entravez ma liberté d’être fraternel et c’est ça qui est grave ».

Tous les matins, quand je me lève, je me répète la phrase suivante : « ce qui se passe n’est pas normal, ce qui se passe n’est pas normal ». Il ne faut pas s’habituer à cette situation. J’ai peur de ça. L’humain a une capacité d’adaptation incroyable. La mémoire est un peu sélective et on s’adapte et on avance et on finit par légitimer. Le problème est là.

 [1] https://blogs.mediapart.fr/macko-dragan/blog/050320/proces-de-lasile-et-de-la-fraternite

 

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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